Vouées à l'inactivité
C'est le "modèle français", se targuent certains, "La politique familiale de la France est très avantageuse". "Faux", répondent en chœur la sociologue Dominique Méda et l'économiste Hélène Périvier dans leur récent ouvrage : "Le Deuxième âge de l'émancipation féminine"(1)."''Ce taux de natalité élevé masque des différences''", soutiennent-elles. Et les chiffres sont là pour le prouver. Le taux d'activité des femmes, qui s'élève à 80 % lorsqu'elles ont un jeune enfant, chute à 60 % lorsqu'elles en ont deux et à 37 % lorsqu'elles en ont trois ou plus. Les hommes, eux, conservent, au fil des naissances, un taux d'activité supérieur à 90 %. Actuellement, 300 000 enfants de moins de 3 ans sont gardés de manière informelle, hors de tout dispositif officiel. 450 000 sont gardés par des mères inactives qui, pour au moins la moitié d'entre elles, auraient travaillé si elles en avaient eu la possibilité. "''Dans le champ politique, la question du mode de garde n'a pas été pris en compte depuis les années 70. C'est trop cher: donc on en parle pas! Et puis surtout, il ne doit pas y avoir tant de problèmes avec le taux de fécondité que l'on a !''", ironise Dominique Méda.

C'est un fait, lorsqu'on se penche plus précisément sur la situation, ce n'est pas folichon."''Mais aujourd'hui la dynamique d'émancipation marque aujourd'hui le pas'', expliquent Dominique Méda et Hélène Périvier. ''Un taux d'activité toujours inférieur à celui des hommes, des emplois de moindre qualité, des rémunérations plus faibles, un temps de travail plus réduit et elles restent en charge de l'essentiel des tâches domestiques et familiales.''"

Les femmes françaises ? Emancipées ?

La rhétorique du libre-choix

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Selon l'Insee, les salaires annuels moyens des femmes en France représentent environ 80 % de ceux des hommes. Un quart de l'écart de salaire reste inexpliqué et s'apparente fortement à de la "discrimination pure", selon Dominique Méda. "''Dans les années 90, le temps partiel des femmes s'est développé de façon très importante, avec parfois de très faibles durées de travail qui ont alimenté la pauvreté''", renchérit Hélène Périvier. Et avec le chômage, que fait-on ? On renvoie les femmes diplômées à la maison en créant certaines mesures comme l'APE (Allocation parentale d'éducation) crée en 1994 et qui consiste à verser aux mères d'enfants de moins de 3 ans un demi-SMIC si elles cessent de travailler. Résultat : le taux d'activité de ces femmes a chuté de 18 points en 4 ans."''C'est la rhétorique du libre-choix'', explique Hélène Périvier. "''Cela consiste à dire que les femmes ont le choix de travailler ou de rester à la maison! Si elles sont contentes de rester à la maison, on ne va pas les frustrer! Or, ce pseudo libre-choix est fait sous contraintes, dans un environnement bien déterminé...''"
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