''"Avec le recul, je me dis que c'était pas la solution, finalement."'' En chemise noire, les mains croisées dans le dos, Jamal Derrar, dit "Nono", parle posément, plaide sa version des faits.
Le 4 octobre 2002, Sohane Benziane est brûlée vive à l'âge de 17 ans dans le local à poubelles de l'escalier H, cité Balzac à Vitry-sur-Seine. "Nono" lui a renversé une bouteille d'essence sur la tête avant de la menacer avec son briquet puis de la transformer en torche humaine. Aujourd'hui, poursuivi pour "acte de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner", Jamal Derrar comparaît aux assises du Val-de-Marne aux côtés de Tony Rocca, 23 ans, accusé de complicité.
A l'époque, ce fait divers avait popularisé l'association Ni putes ni soumises, constituée en 2002. En 2003, l'association avait entamé un tour de France depuis Vitry, en hommage à Sohane, morte car elle ''"a refusé de se soumettre à la loi du ghetto"''.

-''"Non, je n'interdisais pas à Sohane d'aller à la cité'' ''Balzac"'', poursuit le jeune homme de 22 ans.
-''"Alors pourquoi avez-vous dit le contraire jusqu'à'' ''présent ?"'', s'étonne la juge, Catherine Giudicelli.
-''"Parfois c'est un peu confus dans ma tête'', répond Jamal. ''J'ai pu dire des stupidités mais aujourd'hui, je'' ''dis la vérité. J'avais pas conscience du risque,'' ''j'avais pas conscience que c'était de l'essence, je'' ''voulais pas causer du tort."''

''"Ce soir-là , il était en furie"''

Dans la salle d'audience, de nombreux amis de la victime, mais également des proches des accusés. Ceux-ci avaient également été nombreux à soutenir "Nono" et ses copains lors de la reconstitution des faits, à la cité Balzac. A l'évocation des faits, la sœur aînée de Sohane, Kahina, assise à côté de son père retient difficilement ses larmes. Les deux copines de Sohane, traînées de force par "Nono" dans le local à poubelles pour assister à la scène ce soir-là témoignent l'une après l'autre à la barre " au nom de leur copine Sohane". "Jamal, dès qu'il aimait quelqu'un, c'était à fond. Il pouvait être très très gentil. Mais il pouvait être très très cruel aussi. Et ce soir-là, il était en furie". Dans le box des accusés, Jamal Derrar baisse la tête.

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Samedi 8 avril, aux alentour d'une heure du matin, la cours rend son verdict. En dépit de la thèse de l'accident soutenue jusqu'au bout par l'accusé, "Nono", 22 ans, est condamné à vingt-cinq ans de réclusion criminelle pour "actes de torture et barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Reconnu coupable de complicité, son copain Tony Rocca, 23 ans, écope, lui, de huit années de prison.