"''C'est important de se réunir, même avec trois manteaux et deux écharpes !''", plaisante Florence Montreynaud, l'animatrice du groupe parisien d'"Encore féministes". Pour cette première rencontre en plein air de l'année, les organisateurs ont été fort optimistes : la nappe provençale, étendue dans un petit coin du Jardin du Luxembourg, risque de s'envoler à chaque instant. Difficile de pique-niquer, engoncé dans une doudoune, les doigts à moitié gelés. Mais peu importe. Ils sont presque tous là, une bonne trentaine. Femmes et hommes. Pour dire qu'ils sont "''encore féministes et fiers de l'être''". Et même si la majorité des participants ont les cheveux gris, quelques jeunes nouvelles venues sont chaleureusement accueillies, comme Solène, 27 ans, jeune infirmière bretonne fraîchement débarquée dans la capitale et qui est là parce que pour elle, le féminisme "c'est une histoire de famille ". Ou encore Ariane, la trentaine, conseillère psychologue en collège qui ne "supporte plus ce qu'elle entend tous les jours ".

Et puis il y a "les habituées ", Alice, la doyenne, qui "''défile dans les rues de Paris depuis l'IVG''", Maria, l'ancienne "Chienne de garde", ou Martine, qui dit du bout des lèvres qu'elle "''bosse dans les opérations paillettes à la télé''", qui "''hallucine que les choses se passent comme ça''".
Et puis les hommes. Très minoritaires, certes, mais bien là. Les plats circulent : salade de pâtes, fougasses au lardon, samossas fait maison. Un petit café pour la route.

Et les échanges vont bon train. "''Comment réagissent les gens quand vous leur dites que vous êtes féministes ?''", lance Florence, une part de gâteau à la main. Nicole, la Québecoise, s'amuse "''ça provoque encore de l'urticaire chez pas mal de gens au Québec''". "''Poil aux pattes et mal baisé !''", lance une autre, un rien cynique. "''Moi, j'essaye de me battre au quotidien pour expliquer ce mot''", place Ariane.

Le féminisme n'a jamais tué

Depuis 2001, le manifeste du réseau qui recense les "bonnes raisons d'être encore féministe aujourd'hui" a réuni près de 3 000 signatures dans le monde. On y lit notamment : "''parce que, en France, à travail égal, les hommes gagnent 15 % de plus que les femmes et, en moyenne, toutes professions confondues, 25 % de plus qu'elles''". Et cette citation de l'écrivaine féministe Benoîte Groult "''le féminisme n'a jamais tué personne, alors que le machisme tue tous les jours''". En France, depuis le lancement du manifeste, plusieurs petits groupes se sont crées comme à Paris.Lors des réunions, comme aujourd'hui au Jardin du Luxembourg, les sujets abordés se succèdent et ne se ressemblent pas : la marchandisation du corps des femmes dans les magazines, une conférence misogyne sur l'Islam à la Sorbonne, la candidature de Ségolène Royal à la présidentielle. Chacun y va de son petit commentaire. "''Il y a un problème stratégique dans notre lutte contre la manipulation du corps des femmes. On nous confond souvent avec les puritanistes !''", lance une participante. Une autre pousse une gueulante contre l'opération d'une association de prévention contre le sida qui "''distribuait les préservatifs à la fraise ou à la banane comme s'ils s'agissaient de bonbons''".

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Florence se charge de rappeler les actions en cours : une pétition contre le sexisme au CNRS. Auparavant, il y avait la mobilisation contre l'immense "bordel " qui accueillait plus de 600 supporters par jour lors du Mondial 2006 à Munich.On critique, on s'insurge, on lance des idées. On en oublierait presque le froid, malgré la timidité persistante du soleil. Près de trois heures ont passé. Il est déjà temps de se quitter. Pour vite se revoir.

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Cette semaine, un débat est organisé à Violette and co, la librairie féministe de Paris. On ira. On critiquera, on s'insurgera et on lancera des idées et des débats. Parce qu'on est féministes. Et fiers de l'être.

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