Cette enquête confirme les résultats de celle que nous avons mené en août dernier et les conclusions de Janine Mossuz-Lavau, directrice de recherche au Cevipof : nous, les femmes, sommes politiquement motivées, sensiblement plus à gauche qu'à droite (33 % / 25 %) et réticentes au vote FN. Et 78 % d'entre nous estiment qu'une femme est apte à exercer le mandat présidentiel.
Et pourtant... Vous accordiez 41 % d'intentions de vote à Ségolène Royal en août et 29 % seulement à 2 semaines du premier tour. 1 point de moins que pour Nicolas Sarkozy, qui à la fin de l'été n'en récoltait que 18 %...
Certes, 10 % ont reporté leurs intentions de vote sur F. Bayrou. Certes, quelques 22 % hésitent encore. Mais le déni de madame Royal en tant que présidentiable est criant.

Trop belle ? Oui, c'est vrai. Insolemment jolie, surtout quand elle croise ses jambes fuselées chaussées de chics escarpins. Trop élégante ? Certes, c'est quoi ces jupes virevoltantes ? Jamais vu ça au pouvoir ! Ni Simone, ni Edith, et encore moins Michèle ou Martine ne s'y seraient risquées...
Trop calée ? Ben, si. Si, c'est vrai. Elle l'est. Son CV l'atteste. Formation, parcours politique : E.N.A. 3 fois ministre, Présidente de Région.... Bien des hommes lui envient, et pas des moindres... Trop féroce ? La réponse est dans la fonction, non ? De mémoire d'homme, on n'a jamais vu des mollassons partir à la conquête du pouvoir...

Alors quoi ? Pas crédible ? Sur la politique extérieure, sur les questions économiques ? Il est désormais établi qu'elle l'est tout autant que ses adversaires, sinon plus. D'ailleurs, pour l'anecdote, Sarkozy et Bayrou ont été pris au piège par Bourdin sur RMC. Hum, mais il est vrai que l'on en a moins entendu parler.
Elle est moins bon orateur ? Certes moins bonne que messieurs Sarkozy ou Le Pen...

Nous ne sommes pas prêt(e)s

PS ou pas, de gauche ou de droite, pro ou anti Ségo, le débat n'est pas là. Force est de constater à l'issue de cette campagne que nous ne sommes pas prêts, pas prêtes, à admettre les femmes en politique au plus haut rang.

Force est de constater que Ségolène Royal a été attaquée de façon sur des fronts inédits. Il y a d'abord eu les railleries machistes des éléphants de son parti ("Mais qui va garder les enfants ? La Présidentielle n'est pas un concours de beauté...) et puis un procès en incompétence généralisé articulé par ses adversaires et les médias : politique extérieure, économie, la condamnant à faire état publiquement et régulièrement de son parcours, diplômes, titres et mandats, de son état de femme et de mère. Du jamais vu !

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Posons les choses : Ségolène Royal est une candidate à part entière, avec ses convictions et ses élans et ses faux pas, comme n'importe quel autre candidat(e). Et si, finalement, ce que nous supportions était sa ténacité inébranlable, ses initiatives inédites (la démocratie participative), sa liberté farouche (envers son parti, son père, son compagnon), bref, son originalité politique ? Mais plutôt que de se l'avouer, pantouflards que nous sommes, comme il est tellement plus pratique de la remettre en cause elle, et dans ce qu'elle a de plus fragile, ou du moins ce qui est réputé l'être encore et toujours à l'aube du XXIe siècle : sa féminité.

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Catherine Deneuve, Zabou Breitman l'ont déjà signé...Françoise Héritier, Ariane Mnouchkine, Antoinette Fouque ont signé l'Appel des 150 (Alliance des femmes)En parler sur les forums !