Florence Montreynaud, historienne :

Rarement avant 30 ans
20 % de différences de salaires entre les hommes et les femmes, 50 000 viols par an et Shéhérazade a été brûlée vive : voilà trois bonnes raisons, qui, à mes yeux, méritent que l'on soit "encore féministes" aujourd'hui. Je suis engagée depuis 35 ans, j'ai eu 4 enfants, et ce n'est que depuis que mes enfants sont grands que j'ai réellement pu m'investir dans mon action militante. L'engagement féministe est très rare avant 30 ans. A 30 ans, on est encore encombré de problèmes sentimentaux, familiaux. Plus on avance en âge et plus on peut être libre dans sa tête. Le féminisme, c'est un engagement à la fois psychologique et politique, une façon de voir sa vie autrement, ça part d'une transformation personnelle, il faut qu'il y ait "le déclic". Dans le milieu professionnel, cela peut par exemple être le collègue homme qui a une promotion non justifiée avant soi.

C'est un éternel recommencement
En tant qu'historienne, je ne peux pas être pessimiste sur l'avenir du féminisme. En 1946, Simone de Beauvoir disait dans le Deuxième sexe que le féminisme n'avait plus de raisons d'être vu que les femmes avaient acquis le droit de vote... Le féminisme est un éternel recommencement. En 30 ans, il y a eu d'énormes progrès, une vraie révolution. Rappelons nous que dans les années soixante, une femme qui travaillait, c'était l'exception.

(1) ''Shéhérazade est une jeune fille française d'origine marocaine aspergée d'essence et brûlée vive par un fiancé éconduit en 2005 à Neuilly-sur-Marne.''

Politiquement correct !

Nicole Savey, militante :

Nous faire passer pour ringardes Ma prise de conscience en tant que féministe remonte aux années soixante quand je voyais des femmes partir sur des civières parce qu'elles avaient avorté illégalement. Je sentais que je n'étais pas traitée comme les garçons de mon âge en tant que jeune fille. Depuis, il y a eu d'énormes progrès. La société a tout mis en oeuvre pour nous faire passer pour des ringardes, mais je suis persuadée qu'aujourd'hui, beaucoup de femmes ne pourraient plus supporter ce que j'ai vécu quand j'étais plus jeune. Sur le droit à l'avortement, le travail des femmes, les gens ont la mémoire courte.

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Un manque flagrant d'idéaux Ce qu'on considère aujourd'hui comme acquis est sans cesse remis en cause. Ce qui est indéniable, ce que nous, "vieilles féministes", nous n'avons pas assez travaillé avec les jeunes femmes sur la transmission, l'héritage. Mais peut-on apprendre à des gens qui n'en ont pas envie ? Et le féminisme a toujours été un mouvement parcellaire, organisé en petits groupes, nous n'avons jamais souhaité nous structurer en partie politique et devenir facilement identifiable. En plus, je ne suis pas d'accord pour "vendre" le féminisme. Aujourd'hui, il y a un manque flagrant d'idéaux. Le féminisme tel qu'il se développe est "politiquement correct", il y a la volonté de faire un féminisme qui ne dérange personne, qui ne remette pas en cause le patriarcat, alors que naturellement, le féminisme est un mouvement très subversif ! La mixité, c'est un bien joli mot mais il faut aller plus loin...

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