"Après avoir travaillé pour des collectivités territoriales, dans un groupe de comm', et puis dans un autre, je m'ennuyais. C'est quand même triste de s'ennuyer à 34 ans dans son travail !" *. C'était dit. Après 10 ans d'activité salariée, Nora Barsali jette les clés... et les dés. Son projet : créer sa propre entreprise de communication. Un terrain délicat, surtout quand on est une jeune femme, seule, sans équipe prédéfinie, ni fonds financiers.

La Com' pour Nora
Mais contre toute attente, se jeter dans la "gueule du lion" lui a parut "très facile". Il faut dire qu'elle n'était pas toute seule dans l'arène. "Je me suis faite aider par des réseaux que j'avais eu l'occasion de rencontrer auparavant", explique la jeune femme. " Dans une telle aventures, ces réseaux sont d'une importance capitale : on y échange des idées, on confronte son projet à des personnes aux profils et expériences différents, des juristes, des financiers... (...) Dans certains d'entre eux (les cercles "d'affaires"), on peut même s'échanger les bonnes adresses et les cartes de visites !"
Mais cela ne fait pas tout. Une fois le projet bien délimité, encore faut-il convaincre les banques afin qu'ils débloquent les crédits nécessaires. "J'ai essuyé un refus de prêt bancaire", se souvient Nora, "alors que j'avais déjà passé six mois à ficeler mon projet. Cela n'a pas été facile à encaisser". A la deuxième tentative, c'est passé...

Les jouets pour Margaret
Une chance que n'a pas eu Margaret Milan. Du moins au début... La créatrice d'Eveil&Jeux, la célèbre gamme de produits ludo-éducatifs désormais distribués par la Fnac, n'a pas toujours remporté le même succès. "On ne peut pas toujours trouver son idée dès le départ. Il faut savoir accepter ses erreurs", préconise la créatrice. "Je dis toujours que j'ai vécu trois vies d'entrepreneure : il y a d'abord eu la mise en place du projet, toute seule, dans ma cuisine avec mon bébé sur les genoux. Il y a ensuite eu la croissance et le développement du projet. C'est là qu'il faut pousser les bonnes idées le plus loin possible et savoir évincer les moins bonnes. Et enfin, vient la vie au sein d'un gros groupe (en ce qui me concerne, la Fnac), la structuration et la pérennisation du produit."

De ces trois vies, Margaret a tiré trois leçons majeures :
leçon N° 1 : Non, il n'est pas incompatible de monter une entreprise et d'entretenir sa vie de famille.
leçon N° 2 : Les meilleures start-up commencent dans un garage. La preuve : quand j'ai commencé, j'avais vraiment l'air ridicule. Le premier catalogue [de jouets], c'était du super artisanat. Mais c'est comme ça qu'on apprend !
leçon N° 3 : On apprend dans la difficulté, on va de l'avant en attaquant les problèmes un à un. Si on m'avait dit avant "Margaret, tu vas vendre tant de produits, diriger des centaines de personnes et faire tant de bénéfices", j'aurais pris peur ! Mais finalement j'y suis arrivée, petit à petit.
Fin de la leçon. Note : 20/20.

Petit à petit, l'oiseau fait son nid

Il faut donc savoir démarrer petit. Et surtout ne pas complexer à lancer un projet "qui ne tient pas de la haute technologie et qui n'a pas des supers moyens", s'accordent à dire l'ensemble des entrepreneures. 99 % des créations d'entreprises se font avec moins de dix salariés. Des TPE ** d'ailleurs majoritaires en France, puisqu'elles représentaient en 2004 92,4 % des 2,6 millions d'entreprises. D'ailleurs, un nombre important d'entreprises ne sont d'ailleurs constituée que d'une personne ! "Il n'est pas facile de trouver des prestataires, des employés pour constituer une équipe efficace et de confiance", témoigne Frédérique Clavel, associée gérante de FinCoach et présidente du réseau Paris Pionnières.

Là encore, le réseau s'impose. Celui de Paris Pionnières propose même d'héberger des projets (sept à l'heure actuelle), pendant une période d'incubation de trois mois. "Certains projets vivent leur vie avec nous, en passant par un comité de pilotage. Enfin, un comité de sélection va choisir d'accompagner certains projets pendant des périodes de six mois à un an après leurs dépôts", explique la Présidente.

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"L'isolement est vraiment très difficile à vivre", confirme Yvette Godard, vice-présidente de Femmes Chefs d'Entreprises Mondiales (FCEM), un réseau dont l'objectif est d'imposer les femmes auprès des collectivités territoriales et les institutions. Là encore on entrevoit le problème. Il n'est d'autant pas aisé pour une entrepreneure de consolider son projet quand elle reçoit difficilement la compréhension et confiance des principales "institutions, collectivités et autres établissements, Prud'hommes et de l'URSSAF compris", explique Yvette Godard. Ainsi, "Nous essayons de placer des femmes dans les institutions clés, de leur obtenir des mandats..."

"Même s'il n'est pas facile de créer une entreprise en France, la culture du risque n'étant pas très ancrée dans notre pays (surtout quand on voit que 70 % des jeunes veulent devenir fonctionnaires !), c'est tout de même possible !", assure Nora Barsali. "On regrette rarement d'avoir créer sa boite et il est rare de faire marche arrière !" Toutes acquiescent. Le mot de la fin sera pour Marie-Christine Coisne, représentante du Medef : "Quand on est entrepreneure, il y a des nuits où l'on ne dort pas. Mais justement, ce sont ces nuits qui sont propices à trouver des solutions ! ". A bon entendeure...

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* Des témoignages recueillis au 13ème Salon des Entrepreneurs, à Paris les 1er, 2 et 3 février 2006. Conférence L'Entrepreneuriat féminin : facteur de développement économique et social, organisée par Fiducial. ** TPE : Très Petite Entreprise