"''Le monde a besoin des sciences, la science a besoin de femmes''".
Derrière cette formule se cache un Prix, le Prix Loréal-L'Unesco. Et une volonté : honorer des femmes scientifiques et encourager les vocations dans un milieu farouchement masculin. Chaque année, cinq chercheuses émérites sont décorées et quinze bourses sont attribuées à de jeunes chercheuses.

"''Les préjugés ont fait des femmes et de la science un couple contre-nature''", insiste le Président de l'Unesco Koïchiro Matsuura. Et pourtant, les femmes sont nécessaires. Et pourtant, elles essayent de se faire une place. Le dernier rapport de l'Unesco, à paraître début 2007*, démontre qu'elles sont aussi nombreuses que les hommes à suivre des cursus scientifiques. La suite de l'histoire se complique : moins souvent doctorantes, systématiquement minoritaires dans les laboratoires de recherche et en un siècle de Nobel, seuls 4 % des prix scientifiques ont été attribués à des femmes (2 en Physique, 3 en Chimie, 7 en Médecine).

* ''Rapport 2006 de l'Unesco sur les Sciences, les technologies et la parité des sexes''

Valérie et les bébés

"''Le véritable encouragement est pour tous les pays les moins développés, comme en Afrique ou en Asie, où les femmes ne sont pas dans les sciences depuis longtemps et où cela ne c'est pas fait facilement''", commente Philippe Boulanger, journaliste et fondateur de la revue "Pour la science".

Valérie Gbonon, une jeune ivoirienne de 33 ans, fait partie des quinze boursières. Son challenge est à l'échelle de son pays. Un pays au contexte difficile, dans lequel les maladies du nourrisson aux Streptocoques B sont très répandues. "''C'est une bactérie que portent de nombreuses femmes (28 % en Côté d'Ivoire). Si elle est détectée assez tôt, lors de consultations prénatales (comme en France), cela ne pose pas de problème. Mais ce n'est pas le cas chez nous, et c'est devenu un vrai problème de santé publique. Les infections sont particulièrement graves et causent dans 60 % des cas des méningites et dans 40 % c'est la mort.''"

Son projet de recherche au sein du service bactériologique de Cochin est dédié à la prévention, avec dépistages pré-natals systématiques : "''L'objectif est de déterminer quel antibiotique est susceptible de fonctionner sur ces souches et d'orienter les praticiens. Pour que les praticiens nous écoutent, il nous faut des preuves, du concret !''".

''"C'est dur, dur..."'', répètent invariablement les lauréates dans leurs discours. Mais toutes autant qu'elles sont pensent que le jeu en vaut la chandelle.

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"''Heureusement que leurs hommes ont compris que donner un biberon, faire un lit ou à manger, n'était pas réservé aux femmes, et qu'ils les soutiennent de plus en plus''" commente Philippe Boulanger, et de citer l'histoire de Marie Curie, qui avait certes réussi à se faire reconnaître comme scientifique émérite, mais pas en tant que Femme scientifique. Quand il fut question de sa vie de femme, le public la fustigea.

** ''Marie Curie fut vivement critiquée par le public et par la presse pour sa relation, purement privée, avec son collègue Paul Langevin.''

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