Dans son dernier ouvrage "Jane Birkin, la vie ne vaut d'être vécue sans amour", Frédéric Quinonero dévoile les moments forts de la vie de l'artiste et de surprenantes et croustillantes anecdotes. Interview.

©Abaca Press

Qu’est-ce qui vous a motivé à entreprendre une biographie de Jane Birkin ?

J’aime l’artiste et la femme. Sa folie et sa sensibilité. Sa poésie et sa générosité. Son naturel et son humilité. C’est un personnage d’une grande richesse. Elle a inspiré plusieurs artistes de génie, à commencer par Gainsbourg dont elle a porté l’œuvre aux quatre coins du monde. Et elle bénéficie d’un capital sympathie exceptionnel auprès du public. Cette affection presque unanime du public n’est pas un hasard. Écrire sur elle a été un vrai bonheur.

 

Comment décririez-vous Jane Birkin ?

Jane Birkin a été façonnée et sublimée par des hommes qui l’ont aimée. À l’inverse, on peut dire aussi qu’elle a sublimé le talent de ces hommes. Sur scène, elle est sincère et bouleversante, comme un petit oiseau frêle prêt à s’envoler. Sous ses airs fragiles et son regard d’enfant perdu, il y a cependant une personnalité forte, souvent audacieuse, quelqu’un qui y va, qui s’investit. Dans son art, comme dans les causes auxquelles elle croit. Jane Birkin donne sans tricher. Et en retour on ne peut l’aimer que d’un amour vrai.

 

Vous parlez de son besoin quasi oppressant d’être aimée chez l’artiste, est-ce que les années ont apaisé chez elle ce sentiment ?

C’est un aspect très touchant de sa personnalité, qui traduit un manque de confiance en elle. Enfant, elle s’était mis en tête qu’elle ne méritait pas l’amour que lui portait ses parents, son père en particulier qu’elle adorait par-dessus tout. Son ambition était de plaire aux gens qu’elle aimait, par toutes sortes de manigances. Puis, elle a séduit des artistes aussi exceptionnels que Gainsbourg, Doillon, Rivette ou Chéreau, et chaque fois elle craignait de ne pas être à la hauteur de leur talent. C’est le propre de l’artiste de vouloir être aimé. C’est une quête permanente. Les années n’arrangent rien. Elle dit : « Être aimée vous couvre comme un manteau ». La disparition de sa fille aînée a sans doute amplifié ce sentiment. La mort d’un enfant est un événement dont on ne se remet pas. Et sans l’amour des autres, on est foutu.

 

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Comment expliquer l’attachement presque viscéral de Jane Birkin à la France ?

Jane Birkin est arrivée en France en 1968, avec la petite Kate dans son couffin. C’était pour un film de Pierre Grimblat. Elle ne parlait pas un mot de français, elle apprenait son texte en phonétique. Elle y a rencontré Gainsbourg et le succès. Les Français l’ont adoptée et aimée. On a aimé son accent british et ses assortiments de mots approximatifs, ses cheveux ébouriffés, ses jeans, ses pull-overs et ses cabas trop grands. On a surtout aimé sa grâce et sa générosité d’âme. Son attachement à la France est lié également au souvenir de son père, commandant dans la Royal Navy britannique, qui a mené des opérations de sauvetage en mer pendant la Seconde Guerre mondiale en complicité avec la Résistance française, transbordant de nuit, entre la Bretagne et les côtes anglaises, des aviateurs alliés. Elle a acheté une maison là-bas, à l’endroit même où son père venait avec son bateau.  

 

Comment vit-elle aujourd’hui le succès de ses filles après avoir tant été au centre de l’attention ? 

Un lien très fort l’unit à ses filles. Leur réussite la comble de bonheur et de fierté. Ça ne lui pose pas problème de s’éclipser et leur laisser toute la place. Elle dit joliment qu’il est temps pour elle d’être dans le flou, que le focus a changé et qu’elle n’est plus au centre du tableau, mais au bord. Avoir su créer une belle entente entre elles est sa plus grande réussite personnelle. Bien sûr, la mort de Kate est venue bouleverser ce bel équilibre.

 

Y a-t-il des parts d’ombre dans la vie de cette artiste qui ont été dures à aborder dans la rédaction de votre livre ?

Rien n’a été difficile dans l’écriture de ce livre. C’était presque comme si j’écrivais sur quelqu’un de familier, tant la nostalgie et la mélancolie liées à l’enfance et à l’amour des siens sont des sentiments qui me touchent. On peut être interpellé par la grande liberté dont Jane Birkin a souvent fait preuve dans ses choix artistiques, des films qui ont suscité le scandale ou encore des photos dans la presse de charme qui n’étaient pas de très bon goût, mais elle a toujours agi par amour, par souci de plaire. Gainsbourg lui disait qu’elle était amorale, mais ça lui plaisait. Et curieusement, ça n’a jamais heurté le grand public. Jane Birkin n’a jamais suscité des sentiments de haine, comme Bardot. 

 

En quoi l’amour est-il le moteur de la vie de Jane Birkin ? 

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Tout ce qu’elle a entrepris, elle l’a fait par amour. Depuis sa toute petite enfance où elle a cherché à attirer l’attention de son père et le regard de futur cinéaste de son frère, jusqu’à sa vie d’adulte, d’artiste, de femme, de mère. L’amour des hommes et de ses enfants, mais aussi l’amour absolu, l’amour de l’humanité. Son engagement dans les causes humanitaires n’est pas feint, elle ne se contente pas d’apparaître dans les médias pour en appeler au bon cœur du public, elle donne de sa personne et se rend sur place, dans des pays en guerre ou dévastés par une catastrophe climatique, au risque parfois de sa vie. C’est cette curiosité de l’autre et ce sens du partage qui la poussent en avant et la tiennent debout. Cette flamme-là qui, malgré les épreuves, brille encore.

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