Madeleine et les glaciers...
Elle passe des mois dans le grand froid à étudier les signes du réchauffement. Madeleine Griselin est chercheuse au CNRS. Géographe hydrologue (spécialiste du cycle de l'eau), elle connaît sur le bout des doigts sur les glaciers du Spitsberg, un archipel norvégien inclus dans le cercle polaire. En 1986, elle y a même mené la première expédition polaire féminine. Pour FemmesPlus, elle raconte son expérience de l'Arctique. Et nous livre ses inquiétudes.

FemmesPlus : Comment êtes-vous devenue spécialiste du Spitsberg ?
Madeleine Griselin : Ma mère était institutrice. Quand j'étais enfant, elle m'a raconté les aventures de Paul-Emile Victor dans le Grand Nord. Je ne m'en suis pas remise et les pôles sont devenus ma passion. Au Spitsberg, on trouve différents types de glaciers, représentatifs de l'Arctique en général. Nous y étudions l'état des glaciers, le cycle de l'eau dans cette région, grâce à différents capteurs.

Décrivez-nous vos conditions de travail sur place...
La France, grâce à un traité de 1920, a une petite base au Spitsberg. Il n'y a pas d'électricité, une seule pièce chauffée. Quand j'ai débuté, nos expéditions duraient cinq mois. Aujourd'hui, faute de budget, faute de temps, nous partons environ trois semaines. Nous relevons nos capteurs atmosphériques, hydrologiques, les photos des stations photographiques, puis rentrons en France analyser toutes ces données.

Pas de banquise, c'est bizarre...

Constatez-vous au Spitsberg les effets du réchauffement climatique ? Parler de réchauffement climatique est délicat. En tant que scientifique, je n'aime pas être catégorique. Par ailleurs, un hiver très froid peut provoquer le retrait d'un glacier. D'autant plus que sur un glacier, les conséquences d'un changement climatique se constatent 31 ans après. Mais depuis 1999, nous sommes sans arrêt au-dessus des normales saisonnières. Huit ans de suite, cela fait froid dans le dos ! Depuis deux ans, il n'y a pas eu de banquise. Une année, c'est exceptionnel, deux années de suite, c'est bizarre.

Les ours polaires en subissent les conséquences... Logiquement, ils doivent suivre la banquise et nous les voyons peu. Mais aujourd'hui, certains ours doivent nager ou marcher pendant des jours pour se nourrir. Ils sont amaigris. Jusqu'à présent, j'ai toujours refusé de partir en expédition avec un fusil, ce qui est obligatoire au Spitzberg, mais cette année, pour la première fois, j'ai dû en prendre un, au cas où je croiserai un ours affamé. Oui, le changement climatique a des répercussions sur la vie animale.

Vous êtes inquiète pour la planète ? On peut peut-être encore faire marche arrière. La communauté scientifique est lasse de répéter les mesures que nous devrions prendre pour l'environnement. Les politiques ne les écoutent pas. Les Etats-Unis rejettent impunément des gaz à effet de serre et n'ont toujours pas signé le protocole de Kyoto (1), alors que les glaciers de leurs parcs nationaux en subissent directement les conséquences. En France, quand on a des idées écologiques, il est très difficile de les mettre en pratique : il est, par exemple, quasi-impossible d'acheter une voiture hybride.

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Quel conseil donneriez-vous aux FemmesPlus ? Ne bougez plus ! Nous passons nos vies à trimballer nos affaires, le lait produit en Bavière est transformé en yaourts en Italie, avant de revenir dans les supermarchés de sa région d'origine... L'écologie est un engagement individuel qui doit être soutenu. Des décisions devraient être prises. On devrait taxer les déplacements.

(1) Le protocole de Kyoto oblige les pays signataires à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre, considérées comme la cause principale du réchauffement climatique.

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