L'aîné, placé sous le feu des projecteurs, n'envie-t-il pas finalement l'ombre dans laquelle s'épanouit son second ? Ce dernier, au contraire, ne souffre-t-il pas de n'être finalement qu'une solution de secours, la fameuse "cinquième roue du carrosse" ? Ces schémas, on les retrouve tout aussi bien chez les stars, les champions, que dans chaque famille. "Aucune place n'est parfaite", confirme le psychanalyste J.-B. Pontalis.

Mais une troisième voie est possible : quand l'intelligence règne, l'entente cordiale triomphe, et la complicité unit frères et sœurs. En toutes circonstances. Exemple chez Caroline & Albert de Monaco. Albert, discret et timide dans l'ombre de son aînée Caroline, s'est affirmé sitôt devenu souverain. Caroline garde sa superbe, même si elle doit s'effacer aujourd'hui devant son frère.
Comme l'on dit d'une actrice occupant le haut de l'affiche, "elle est faite pour le rôle ". Tout dans la personnalité de Caroline, son charisme personnel, sa détermination sans faille, son aisance en société, l'ont amenée naturellement à jouir d'une position dominante. Depuis toujours, et sans état d'âme, Caroline est l'aînée de la fratrie. Par la naissance, mais aussi par la capacité à s'imposer, attirer tous les regards, focaliser l'attention des médias.

En miroir, le personnage de son frère, dont les traits de caractère ont mis plus de temps à se dessiner, à travers une histoire infiniment plus complexe, œdipienne, un rapport au père et à sa souveraineté écrasante, est bien celui du cadet. Lorsque Caroline pouvait exiger enfant de porter des robes de Givenchy, Albert devait accepter les remontrances de son père lorsqu'il ratait un revers au tennis. Timidité, fragilité d'élocution étaient devenues les symptômes d'une forme de paralysie face à une réalité incontournable : c'est bien lui qui devrait un jour monter sur le trône des Grimaldi. La fameuse règle de la "primogéniture avec priorité masculine au même degré de parenté" le conduisait, de jure, à passer un jour devant sa sœur aînée. Dès l'âge de cinq ans, il avait pris conscience de cette responsabilité, mais elle l'accablait.

Dans le même temps, sa sœur s'amusait très jeune à jouer les princesses en parlant doctement à Winston Churchill ou en posant pour le peintre Vidal Quadras. Quatorze mois seulement les séparent, et leur complicité, réelle, n'allait pas sans chamaillerie, comme ils l'expliquaient à Jeffrey Robinson, le premier biographe de Rainier. "J'étais très proche d'Albert, car nous n'avions qu'un an d'écart, rapporte Caroline. Mais nous nous battions comme chien et chat quand nous étions enfants, et ce n'était pas seulement un jeu ! Un jour, comme il faisait du judo, il m'a jetée par terre et j'ai eu si mal que j'ai su que c'était fini : mon petit frère n'était plus un bébé." "Caroline et moi, nous avons toujours été très proches, souligne de son côté Albert. Mais elle était autoritaire et très indépendante. Pendant un moment, je me suis laissé faire. Oh ! Bien sûr, elle m'énervait parfois quand nous étions enfants."

L'adolescence passe, et ces rapports composent un paysage familial tout à fait dans la normalité. Sinon que Rainier est plus exigeant envers son fils, quand Grace le surprotège. Caroline, de son côté, joue la grande sœur raisonnable et raisonneuse qui chapitre Albert et Stéphanie. Mais devant les premières velléités d'indépendance de la jeune femme, ses sorties nocturnes d'étudiante parisienne, puis son mariage-fiasco avec Philippe Junot, Albert devient tout à coup le fils irréprochable qui ne s'écarte pas de la ligne : service militaire, études aux Etats-Unis, stage dans les grandes banques. La maturité vient à Caroline avec la naissance d'Andrea, Charlotte et Pierre. Et le courage, avec les épreuves : disparition de Grace et la mort brutale de Stefano à quelques années seulement d'intervalle. Après une retraite consentie à Saint-Rémy, Caroline sort de l'ombre et rayonne. Ce seront ces années de "Première dame" du Rocher où elle règne, impérieuse, avec toute une cour d'écrivains et d'artistes, et s'impose dans l'agenda culturel et celui des mondanités.

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De son côté, Albert, éternel héritier en formation, mis sous le boisseau, voyage à l'étranger. Un peu comme en exil. Il subit pression et contrainte sans bénéficier d'aucune contrepartie. Et son père fait de la question de son mariage un casus belli. C'est à cette époque que certains imaginent déjà son neveu Andrea à sa place. Poussé par Caroline. L'aînée des Grimaldi s'en défend. "Les gens racontent que j'intrigue dans les sombres couloirs du palais. Richelieu et Mazarin seraient des enfants de chœur à côté de moi ! La vérité, c'est que dès que j'ai une minute à moi, je la passe avec mes enfants. Je suis vraiment impatiente qu'Albert se marie, car son épouse pourra prendre une partie de mes responsabilités."

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Ce mariage est toujours à venir. Mais entretemps le cadet est devenu S.A.S., Albert II de Monaco. Et son accession au trône l'a métamorphosé. Chef de famille, le prince l'a été d'autorité, sans balbutier son rôle, sans être arrêté par ces doutes qui l'habitaient autrefois. A l'image de Juan Carlos, il a surpris les plus sceptiques. Caroline s'est donc effacée devant son frère, se conformant à l'étiquette qui ne lui offre plus qu'une place en second. Celle de "inistre de la Culture" Pourtant, la question de la descendance du souverain est toujours posée. Et l'histoire royale nous apprend qu'il faut toujours se tenir prêt à assurer la "régence"...

Albert, éternel héritier en formation

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