Chevrettes, poules, coqs s'ébattant dans la paille parmi des paniers débordant de pétales de roses, le ton est donné dès l'entrée du Sporting club de Monaco, où glisse sans bruit la file des limousines noires. Qu'une sandale de satin pointe alors d'une portière, et les violons s'enflamment dans une farandole effrénée ponctuée par les jupons virevoltants des danseuses. Fleurs sur la tempe, chevelures au vent. Pour fêter les vingt ans de sa fille Charlotte, plus ravissante que jamais dans une longue robe de tulle plissé rebrodée de paillettes argentées et noires signée Chanel, la princesse Caroline de Hanovre souhaitait un bal fantastique, de ceux dont on se souvient pour la vie, ivre de musique, de couleurs et de chants. Et l'a dédié à ces nomades que sont les gitans.

Ensemble, mère et fille avaient déjà choisi leurs tenues en décembre lors du fameux défilé Chanel de Karl Lagerfeld célébrant les métiers d'art de la couture à Monaco, le premier défilé auquel la princesse Caroline assistait personnellement depuis longtemps. Elle y avait choisi elle-même une robe à petites manches, en dentelle divinement rebrodée de camélias. Mais le secret avait été bien gardé jusqu'à leur apparition au clair de lune du bal de la Rose ouvrant la saison monégasque. "Le" bal de Caroline entre tous, celui qu'elle préside et réinvente chaque année pour le plus grand plaisir de ses 900 invités. Avec pour complices Françoise Dumas et Anne Roustang, grandes spécialistes des belles fêtes. Car la princesse en supervise tout jusqu'au moindre détail, du kilomètre de tissus pour réaliser les tables patchwork, flamboyantes comme des jupons, à l'immense toile de 600 m2 du décor floral, des 1 500 lanternes aux 16 000 roses et œillets entremêlés.

Du menu, écrevisses pochées à la nage, cocotte de paprikache au sandre, gâteau moelleux aux airelles, aux cuvées comtes de champagne rosé Taittinger 2002. Comment peut-on réaliser un dîner aussi bon servi simultanément pour 900 personnes ? On n'ose penser à l'effervescence des cuisines... Et le plus fou : la scène ! Avec roulotte et fumée, campement et surtout musique et danse. Deux des grandes passions de la princesse Caroline, qui proposa au gitan Tony Gatlif, palme d'Or du Festival de Cannes 2004 pour son film Exils, d'imaginer le spectacle avec elle. "Je respecte infiniment les choix de la princesse, confie-t-il. Comment ne pas accepter aussitôt ?" Réalisateur, acteur, scénariste, producteur, cet itinérant dans l'âme, fou de musique et lui-même compositeur, n'a pas hésité.

Accordéons, banjos, derboukas, flûtes, violons et guitares des tziganes de tous les pays, de la Russie à la Hongrie, des Sainte-Maries-de-la-Mer à l'Andalousie, allaient embraser le ciel étoilé du Sporting. Gitans, manouches, gitanos, gypsies, gens du voyage...Puisqu'il n'y avait pas de nom pour les réunir, la princesse Caroline en inventa un, "La Tziganie", pour mieux leur rendre hommage.

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A leur arrivée très attendue, "les jeunes" comme les nomment désormais les Monégasques, Charlotte en tête, avec ses frères Pierre et Andréa, la belle Tatiana Santo Domingo, Eugénie Niarchos en robe de vestale immaculée, Cécile Winckler, et d'autres amis, se doutent-ils de ce qui les attend ? A leur suite, la princesse Caroline, très gaie ce soir, bouquet à la main, avec son mari Ernst August de Hanovre, suivie du prince Albert et de la baronne de Massy, de Karl Lagerfeld et lady Amanda Harlech. Le duc et la duchesse de Calabre eux aussi ont le sourire. Les robes virevoltent, les flashes crépitent. Ce soir, les artistes sont parmi les meilleurs du monde, tels ce génie de l'improvisation célébré par John Mac Laughlin, Biréli Lagrène, le gitan madrilène du flamenco Lucky Losada, Dallas, l'arrière-petit-fils surdoué de Django Reinhardt, Simba, un jeune prodige de huit ans, et les voix de la hongroise Beata Palya ou Norig, lancée par Emir Kusturica dans "Le Temps des gitans".

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De quoi avoir la chair de poule, ou bondir pour aller danser. Pierre Casiraghi sera le premier sur la piste à rejoindre une Carmen tourbillonnante, aussitôt suivi par toute la bande d'amis. Ernst-August arrive à son tour, puis Caroline, au rythme irrésistible des guitares. Stéphane Bern, foulard noué sur les hanches, a eu à peine le temps de tirer la tombola et ses lots fabuleux, dont un voyage en jet privé survolant l'Europe et un immense sautoir de perles et 397 brillants sur or blanc de la maison Repossi, que toute la salle ou presque est déjà sur la piste. "La musique est vitale, conclue Tony Gatlif. Sans elle, je crois que je serais incapable d'exister. Elle porte la joie, la douleur, la mélancolie et l'amour sur les sommets de l'émotion".

Accordéons et banjos

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