Etre la femme d'un président à la retraite, est-ce facile ?
On s'adapte ! Je savais que nous allions quitter l'Elysée. Il fallait se préparer à cette idée. Avec le déménagement, je n'ai pas eu beaucoup de temps pour y penser mais vous savez, la qualité la plus importante pour la femme d'un homme politique, c'est la faculté d'adaptation. Cette vie est faite de beaucoup d'imprévus, de changements, de servitude, d'obligations et il faut s'adapter ! S'adapter et aussi aimer ça. Voilà ! Je savais que cela allait se terminer et qu'une nouvelle vie, totalement différente, allait commencer.

Et est-ce facile d'exister en tant que femme de président ?
J'ai beaucoup aimé cette vie ! Mais j'ai un parcours très particulier. Quand mon mari a commencé sa vie politique, il n'avait pas 40 ans ! Il est élu député de la Corrèze pour la première fois en 1967. A ce moment-là, le Général de Gaulle l'appelle _il était le benjamin de l'Assemblée _ et il entre directement au gouvernement en tant que secrétaire d'Etat. La même année. Il avait 35 ans, c'est jeune, vous êtes d'accord ? Moi, je n'étais pas du tout préparée à tout ça ! A la sortie de l'ENA, il a intégré la cour des comptes. En principe, un parcours de haut fonctionnaire l'attendait. C'est ce qui était prévu. Mais la vie, c'est ça ! Le changement. La mobilité. De toutes les façons, est-ce que j'avais le choix ? Non ! Alors je m'y suis mise.

Par amour ?
Ca, c'est beaucoup dire ! Mais j'aime la vie, j'aime être utile aux autres. Cela correspond à l'éducation que j'ai reçue, aux valeurs qui m'ont été transmises et qui m'ont beaucoup aidée. On peut faire beaucoup pour les autres quand on a la chance d'avoir un mari comme le mien avec un tel parcours. Par exemple, quand il a été maire de Paris, je me suis énormément investie avec le bureau d'aide sociale de la ville de Paris au service des personnes âgées _ on retrouve là ce que je fais dans ma Fondation _ en consacrant, systématiquement, un jour par semaine, à visiter tous les clubs du troisième âge de la ville. J'allais aux fêtes, aux goûters. Et par exemple, Jacques Chazot que j'adorais, venait avec moi dans les dernières années de sa vie pour faire danser les vieilles dames. J'allais aussi voir les personnes âgées à l'hôpital. Je parle là d'une affaire qui a duré 18 ans ! Mon engagement n'est pas arrivé d'un seul coup. C'est l'histoire d'une vie. Voilà !

"Aujourd'hui, quand je passe le long du mur, c'est dur..."

Vous êtes la seule femme de Président à avoir parallèlement un mandat d'élu. Est-ce que le fait d'exister par vous même vous a aussi permis d'aborder celui de Première dame avec plus de sérénité ? Cela m'a sans doute permis de mieux comprendre les attentes et les difficultés des français étant en prise directe, comme tous les élus locaux, avec la population en particulier celle du Limousin.

Pendant vos premières années à l'Elysée, vous avez dû traverser une période difficile lorsque vous avez été la cible des Guignols entre autres. Comment fait-on face ? On s'en moque ! On a de bonnes amies avec lesquelles on rit aux dépends des gens méchants qui montent des histoires lamentables. Ah ! cette affaire du sac, c'était n'importe quoi et franchement vulgaire.

Pas de statut pour la première dame, un devoir de réserve,une grande maison à gérer, des obligations... Au-delà des quolibets, il faut trouver ses marques. Quand je vous dis que J'AI BEAUCOUP AIME +a !!! J'ai aimé travailler en prise directe et en équipe avec les fleuristes, les jardiniers, les argentiers, les lingères du Palais, avec l'office et les cuisines, avec les fonctionnaires responsables du mobilier national qui sont installés dans les sous-sols. Ce sont tous des personnes très dévouées, extrêmement performantes, qui ont un amour de leur métier. Je me suis attachée à eux. Les quitter a été pour moi un arrachement.

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Vous avez pleuré en quittant l'Elysée ? Non, parce que j'essaye de me tenir comme il faut. Mais on a beau le savoir, le jour où c'est fini... Aujourd'hui, quand je passe le long du mur, c'est dur.... On le sait, c'est la règle, on n'est pas chez soi. D'accord ! On donne le meilleur de soi même à la République et aux Français,. Mais même si on sait très bien qu'on est là pour servir, le jour où ce n'est plus là, ce n'est plus là. Le compte à rebours avait commencé dès le premier jour, en 1995 mais parfois je me disais "ma vieille, encore un jour de moins" en regardant le jardin. Vous savez, j'ai été formée grâce au parcours de Jacques Chirac. 18 ans à la Mairie de Paris, ça compte ! 4 ans à Matignon, en deux fois deux ans ! Et n'oubliez pas, on a commencé de bonne heure ! En 1974, il était Premier Ministre, mon mari ! Quand on s'est installé à Matignon, les enfants étaient très jeunes !
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