Il y a tout, depuis ses premiers dessins jusqu'à ses dernières lettres en passant par ses robes et ses bijoux. Superbe, la manifestation qui rend hommage à Grace renoue avec le souvenir éternel de la star d'Hollywood devenue princesse. Le jour de l'inauguration, il ne manquait qu'une seule personne : sa fille aînée, Caroline.

La déception

La question est sur toutes les lèvres: "''Viendra-t-elle ? ''" Elle, c'est la princesse Caroline. La rumeur court depuis le matin de ce 11 juillet, date de l'inauguration officielle de l'exposition que le Grimaldi Forum consacre à Grace Kelly. Un hommage immense et émouvant que le Rocher a tenu à rendre à une princesse trop tôt disparue, 25 ans après sa mort. Mais la fille aînée de Grace semble avoir décidé de bouder la fête. Les invités se bousculent près de la porte vitrée quand tout à coup le prince Albert apparaît aux côtés de sa soeur Stéphanie. Seuls.

"''Elle n'est pas là''" : la déception se propage dans l'assistance. Le choc, pourtant attendu, fait surgir des sentiments contradictoires pour un moment que tous auraient voulu uni par la mémoire d'une présence souveraine. Les questions se bousculent. Trop de souvenirs dévoilés, qu'elle aurait préféré conserver dans la solitude protectrice du palais ? Trop d'émotions exhumées pour affronter l'anniversaire d'un deuil qui reste immense malgré le temps qui passe ?

Caroline, la grande absente

L'amour d'un fils

"''Aimer, toujours aimer...''" : d'après Frédéric Mitterrand, le commissaire de l'exposition, cette phrase aurait pu servir de titre à cette manifestation hommage. L'amour et ses détours inattendus et tourmentés règnent donc toujours en maître sur le rocher. L'amour d'abord d'un fils à une mère très chérie, que le prince Albert a voulu célébrer dignement : "''Ce n'est pas un hasard si le premier acte culturel d'envergure du règne d'Albert II est cette exposition de 2500 m2 dédiée à Grace Kelly''", commentent les organisateurs. Dans le luxueux espace somptueusement scénographié par Nathalie Crinière, on voit donc se déployer la vie d'une jeune fille bourgeoise de Philadelphie que le destin a consacré deux fois, des sunlights d'Hollywood aux crépitements des flashs monégasques, star des écrans puis princesse méditerranéenne.

Le souvenir apaisé

Publicité
Le souvenir lumineux de Grace Kelly puis de la princesse Grace est resté dans tous les cœurs depuis ce jour tragique du 14 septembre 1982, mais la tristesse qui s'est emparée de Rainier au soir de ce deuil a pesé 25 ans sur le Rocher. En organisant cette rétrospective en forme de déclaration d'amour à sa mère, Albert a choisi aussi de rompre un silence devenu trop lourd, de libérer une mémoire apaisée. Albert et Stéphanie ont donc retrouvé le dressing-room de Grace, sa Mini aux sièges en osier ou encore la salle à manger de gala, souvenir des réceptions princières. La dimension très intimiste de l'exposition lui confère une puissance d'émotion rare. Exercice de style risqué, pouvant vite tourner à l'hagiographie sur papier glacé, le parcours biographique n'élude pas les amitiés amoureuses de l'époque "Grace Kelly", de Jean-Pierre Aumont, le french lover d'Hollywood, à Oleg Cassini, le couturier des stars. Mais c'est avec pudeur et sensibilité que sont exposées les lettres les plus personnelles de Grace, comme cet échange de correspondance avec Hitchcock où le réalisateur et l'actrice expriment leurs regrets mutuels alors qu'un projet de film est tombé à l'eau. "''J'espère que je resterai toujours une de tes vaches sacrées ''", plaisante l'héroïne du maître du suspense.
Publicité