Il est mort l'homme qui aimait tant les femmes. L'homme le plus populaire de la télévision française, celui a qui régné sur le petit écran durant 25 ans. Il est mort dans la discrétion, dans la solitude. Le patriarche est pleuré par ses filles devenues célèbres par les hasards de l'amour et de la politique, Judith et Jeanne-Marie, enfants qu'il a eu avec Cecilia Ciganer-Albeniz, sa femme de 1984 à 1989 et aujourd'hui, épouse de Nicolas Sarkozy et première dame de France. Un destin stupéfiant pour cet "amuseur public" comme il aimait se définir. Lui, dont les filles avaient déjà, avec leurs frères et soeurs, fréquenté les lambris de l'Elysée, en 1999, lors de la remise de sa légion d'honneur.

Clin d'œil de l'histoire, quelques années plus tard, de sa suite à l'hôtel du palais, à Biarritz où il s'était retiré pour affronter sa maladie, il les regardait à la télévision, belles et retenues, alors que leur beau-père, le président, prêtait serment à la république. Ses deux filles qui avaient été demoiselles d'honneur lors de son dernier mariage avec Céline BOISSON connaissant pour l'occasion les honneurs de la presse et les aléas de la célébrité par famille interposée. Aujourd'hui, elles se retrouvent dans les larmes partagées, soutenues par leurs frères, David, Frédéric, Jean-Baptiste. Et entourant Juliette et le petit Clovis, enfants qu'il a eus de sa dernière compagne. Huit enfants de quatre femmes différentes. Unis par le même chagrin, par tant de luttes gagnées puis perdues contre la fatalité. Les larmes coulent alors que son rire à lui résonne encore dans tant de cœurs. Paradoxe d'un être qui a passé sa vie entière à distraire, à amuser, divertir, à se battre contre les morosités et les gris bleutés de l'âme.

L'école des fans

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"''Et il est où ton papa, c'est le monsieur à moustaches qui nous filme en ce moment ? Et ta maman, hein, dis-moi, tu es venu avec elle, et tu as pris le train ?''" La scène fut à ce point immuable qu'il serait vain ou absurde de l'ignorer. Un homme portant cravate, à l'embonpoint de bon vivant, s'adresse à cet enfant à peine intimidé qui occupe le centre de la scène. L'Ecole des fans réunit devant leur petit écran - chiffre impensable aujourd'hui - 22 millions de téléspectateurs, attendris de voir un petit bonhomme, où une mignonne de 6 ans pousser la chansonnette devant son artiste favori. Des générations de bambins massacreront ainsi Nana Mouskouri, Sylvie Vartan ou Alain Chamfort ! Démiurge de la télévision de papa, pionnier de la mire, Jacques Martin aura passé sa vie à inventer le petit écran. Fin gourmet, fin lettré, familier des poètes, ce fils d'industriel, raminagrobis des mots et des situations comiques naît à Lyon, patrie de la cuisine française, le 22 juin 1933. Il est le petit-fils du chef Johannès Ducerf dont le talent franchira les frontières : il sera au service du czar Nicolas II, puis le mentor du père de Paul Bocuse. Jacques aura la sagesse de transmettre le virus culinaire à son fils David qui fera d'ailleurs à ses côtés ses premiers pas télévisuels en préambule de l'émission Dimanche Martin, diffusée sur France 2.
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