Sur les photos, elle préfère être au second plan. Derrière son mari, pour le défilé du 14 Juillet sur les Champs-Elysées, elle apparaît les bras ouverts autour de ses enfants. Plus tard, on la voit se pencher en arrière pour parler à son fils, sans pour autant négliger sa voisine de droite, la femme de l'émir du Qatar. Même quand elle débarque d'un Airbus de la République française pour escorter les infirmières bulgares qui rentrent au pays après huit ans de réclusion, elle reste sur le côté. Ombre ou lumière : désormais, c'est elle qui choisit où elle s'expose.

Elle ne sera pas prisonnière de la cage dorée qu'est l'Elysée, ni tributaire d'un protocole qu'elle juge démodé. Sous les feux de la rampe, quand il le faut, tel ce jour d'intronisation, où elle est apparue rayonnante dans sa tenue Prada, mais toujours prête à prendre les conventions à rebours en choisissant une "robe sans manches", un détail relevé par les plus conservateurs. Ou encore en se dispensant de la "visite des épouses" (du jamais-vu !), prévue par l'organisation du G8, pour rentrer à Paris fêter l'anniversaire de sa fille.

"''Vous avez aimé Jackie Kennedy, vous allez adorer Cécilia Sarkozy''", aurait prédit son mari au soir de son élection. Un vent de modernité, voire de "glamour", estampillé comme tel par le magazine Elle, qui a déjà détaillé par le menu le style et la garde-robe de la nouvelle première dame, souffle sur le "Château".

Cécilia au devant de la scène ?

Avant même de préciser sa fonction -puisqu'il revient à chaque femme de président d'inventer ce rôle virtuel (qui ne dispose d'aucun cadre constitutionnel) et pourtant incontournable - Cécilia a donc affiché ses priorités. Mère avant tout, on l'a toujours vue très attentive au sort de ses enfants, que ce soit pour organiser des goûters d'anniversaire à son dernier fils Louis ou pour prendre le temps des vacances (elle veut "''se consacrer à ses enfants''", rappelle son attachée de presse), avant de définir son rôle. "''J'ai pris mes poussins sous le bras et je suis partie''", racontait-elle déjà pour évoquer son divorce, quand elle a quitté Jacques Martin pour Nicolas Sarkozy. Elle s'est émue du sort des enfants libyens atteints par le virus du sida avant de partir plaider la cause des infirmières bulgares, à deux reprises, auprès du colonel Kadhafi. Se passionner pour des causes humanitaires concrètes, voilà qui lui convient beaucoup mieux que d'inaugurer des crèches.

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"''Elle va s'inscrire dans la continuité d'une tradition qui attribue aux premières dames un rôle compassionnel, mais avec beaucoup plus de modernité'', décrypte la journaliste Christine Clerc, auteur d'un livre sur les couples présidentiels*. ''Les rois de France touchaient les écrouelles pour guérir les malades, et les présidents ont confié cette mission à leurs femmes. Mais c'est beaucoup plus excitant de jouer ce rôle en grimpant dans un avion pour faire aboutir des négociations délicates.''" Madame Sarkozy a, semble-t-il, apprécié cette épreuve du feu. Lors d'une conférence de presse, le ministre bulgare des Affaires étrangères a raconté comment elle avait exercé une pression tenace sur le président libyen pendant toute la nuit du 23 au 24 juillet, feignant de partir à 2 heures du matin avant de ferrailler pendant plus d'une heure au téléphone pour obtenir gain de cause. Son mari a souligné "''son brio''". En 2004, Jean-François Copé, alors secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, l'avait sollicitée pour sa liste des élections régionales. On a évoqué son nom pour maintenir dans le bastion de l'UMP la mairie de Neuilly, l'an prochain. Jusqu'à présent, elle a décliné les invitations. Dans les arcanes du pouvoir, elle semble préférer les coulisses que le devant de la scène. Pour l'instant ?
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