Nous étions alors au mois d'avril. Lorsque rien n'était venu encore écorner le conte de fées. La promesse d'un second enfant pour la princesse de Venise.
Une maison isolée, au sommet d'une colline d'Ombrie, déjà prête à l'accueillir. Des parents qui avaient passé tout le printemps à restaurer cette vieille bâtisse qui devait avoir le charme d'une nouvelle vie. Et pour Clotilde, les obsessions insouciantes d'une femme enceinte, cuisiner à l'huile d'olive, surveiller sa ligne, faire des folies dans les magasins de vêtements pour nouveau-nés. Des projets plein la tête aussi. Personnels et professionnels. Une rentrée au pas de charge, familiale et théâtrale, avec un lever de rideau au Châtelet en septembre. Juste après la naissance de ce bébé dont elle se laissait le bonheur de découvrir au dernier moment le sexe. Garçon ou fille ? Peu importait. Une seule certitude revendiquée par la jeune femme, alors absolument radieuse, en robe de bal et diadème à la une d'un magazine italien :
"Notre enfant naîtra en Italie." C'était le cadeau qu'elle souhaitait faire à Emanuele. Une manière de lui dire, publiquement, ses sentiments les plus intimes, son bonheur d'avoir enfin trouvé, à ses côtés, l'équilibre parfait, la façon de conjuguer les exigences du métier d'actrice et celles de princesse de Venise. Un rôle désormais pleinement assumé. "C'est un sentiment difficile à expliquer, nous confiait-elle à l'époque. Je me sens soutenue par des siècles d'histoire. Cela me donne des ailes."

Dans la réalité, Luisa est née en Suisse, le 16 août dernier, à 16 h 30, dans un établissement huppé de Genève, la clinique Générale-Beaulieu. Un communiqué de la maison de Savoie, laconique, nous a appris l'essentiel. Que "la maman et l'enfant se portent bien". Que Luisa est "une enfant adorable". Qu'elle pèse 3 250 grammes. Que la petite princesse a reçu aussi tout un chapelet de prénoms dont l'écho résonne comme une comptine enfantine : Giovanna, Agata, Gavina, Bianca, Maria. A ces formules d'usage, le prince a cependant tenu à ajouter : "Je suis très ému. La naissance de notre second enfant est pour notre famille une joie immense." Le couple a cependant délibérément choisi le huis clos. Un bonheur exclusivement privé, à partager simplement avec Vittoria. Loin de la rumeur et des médias. Des instants privilégiés pour se ressourcer. Un peu d'innocence pour oublier cet épisode peu glorieux de la saga des Savoie. Reprendre pied après deux mois exténuants. Deux mois d'un scandale public. Deux mois d'un lynchage en règle de son beau-père. Clotilde ou les illusions perdues ? Quelques-unes sans doute, mais la jeune femme a trouvé la force de faire face. De faire front, avec courage, noblesse, sans se plaindre. Biffant d'un trait sur son agenda tous les faux amis de son mari à qui elle avait dû faire la révérence. S'extirpant avec peine de ce climat pesant où l'on rejoue les Atrides, où l'on se dispute un trône qui n'existe plus. "Putsch de carnaval" dénoncé par Emanuele Filiberto, et qui a laissé des traces indélébiles. Au moment si fragile où une femme est plus émotive, plus exposée. "Clotilde, qui est sensible, a pris tout cela en pleine figure", nous confirme le prince.

Il y a des choses qui ne s'effaceront pas de sitôt. Les commentaires assez peu agréables de certains des membres de cette "bonne société" où elle faisait, de toute manière, figure d'intruse. Malgré un grand mariage célébré à Rome. Mais il ne s'agit là que de blessures d'amour-propre. L'actrice a simplement eu la naïveté de croire, un temps, à ce destin sans aspérité promis par les magazines. Au point de dire : "Je suis une vraie Cendrillon. On m'a essayé la chaussure au pied, elle m'est allée comme un gant." Y croyait-elle vraiment ?Il faut se souvenir d'une autre Clotilde, d'avant cette image lissée, volontairement. La comédienne exigeante qui tournait avec Doillon et Tavernier, jouait au théâtre avec John Malkovich, et dont la filmographie faisait dire à l'époque à Emanuele Filiberto : "Elle est capable d'exprimer avec finesse des sentiments compliqués." Hypersensible, écorchée vive, Clotilde n'a pas un passé anodin. L'actrice, lorsqu'il la rencontre, est alors à peine remise d'une relation complexe et tumultueuse avec Guillaume Depardieu. Et son parcours, jusque-là, a été plutôt atypique. Une enfance libre en Afrique, au Bénin, puis en Egypte, auprès de parents libertaires. Et puis, après leur divorce, un retour vécu difficilement en Europe. Des années de "galère" pour sa mère, mais des études comme il faut à Sainte-Marie de Neuilly. Des premiers pas hésitants au cours Florent et une nomination à vingt ans aux césars. Les paradoxes presque classiques d'une bourgeoise bohème.

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Et si un soir de déprime à Los Angeles, elle se tatoue des roses sur la peau, Clotilde puise toujours sa force en retrouvant sa fratrie de sœurs. Capucine, Christine et Camille, qui sont toujours là. Rassurantes, complices. Partageant les grands bonheurs et les moments de doute. Comme ce mois de décembre 2003, juste avant la naissance de sa première fille, où elle apprend qu'Emanuele vient d'être victime d'un grave accident de moto. Décidément ! Si la princesse de Venise dit "croire au destin", ce dernier ne l'aura pas ménagée. Juste après la naissance de Vittoria, l'actrice remonte sur les planches de la Comédie des Champs-Elysées. Comme l'on se remet en selle. Cette fois, elle n'a pas décommandé au Châtelet, et la production assure qu'elle participera aux prochaines répétitions du Chanteur de Mexico. Un rien de légèreté. Dans un monde morose. Pour l'instant, l'actrice savoure son tendre tête-à-tête avec Luisa. "Cela m'importe plus encore qu'une couronne ou qu'un rôle."

Une bourgeoise bohème

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