Pour la première fois, le président de la République est un fils d'immigré, descendant d'une famille d'aristocrates hongrois. Elise Karlin, co-auteur avec Pascale Nivelle des "Sarkozy, une famille française", analyse le parcours du chef de l'Etat au regard de ses origines.

Point de Vue : Quelles sont les ascendances aristocratiques hongroises de Nicolas Sarkozy ?
Elise Karlin : En Hongrie, l'aristocratie n'a pas la même dimension qu'en France, et la frontière avec la bourgeoisie aisée est très mince. Le père de Nicolas Sarkozy, Pal Istvan Ernö Särközy Nagybocsaï, descend par son père d'une lignée de petits aristocrates anoblis au XVIIe siècle par le roi Ferdinand II de Hongrie, pour les récompenser de leur bravoure au combat contre les Turcs. La mère de son père, Katalin, vient de la bourgeoisie industrielle.

Est ce que cette filiation est importante pour le président de la République ?
Pendant la campagne qui vient de s'achever, Nicolas Sarkozy a revendiqué plusieurs fois son statut de descendant d'immigré, en faisant référence à la Hongrie ainsi qu'à son grand-père maternel, Benedich Mallah, juif séfarade originaire de Salonique . Quand il était adolescent, il a parfois souffert de porter un nom étranger car dans la France des années 60, c'était plus compliquer à assumer qu'aujourd'hui. Il aime mettre en avant cette origine immigrée pour mieux souligner la dimension autodidacte de son parcours. C'est une façon d'illustrer un leitmotiv de sa politique : "''Avec de la volonté et du travail, on peut tout réussir''". Mais dans ses discours, vous ne trouverez jamais d'allusion à des racines aristocrates, et sa propre culture, la chanson française, la télévision, est une culture populaire.
Son père, pourtant, y a puisé la matière d'un "roman familial" que vous décrivez dans votre livre : un château rasé par les communistes, une bague aux armoiries hongroises transmise à ses fils...
La réalité est plus nuancée. Le château d'Alattyan évoqué par Paul Sarkozy appartenait en fait, et nous avons retrouvé des titres de propriété, à l'un de ses amis, un lointain cousin de sa femme. La famille des Sarkozy, elle, louait une exploitation agricole de mille arpents sur le domaine. Quand il arrive à Paris, sans un sou, en 1948, le père de Nicolas Sarkozy fréquente les familles de la noblesse hongroise exilée comme lui dans la capitale. Il fait une très belle carrière dans la publicité. Après avoir quitté sa femme Andrée, mère de Nicolas et de ses deux frères, il épouse une princesse de vingt ans (Melinda d'Eliassy, fille d'un aristocrate...hongrois, NDR) puis la descendante d'une grande famille d'aristocrates français : Christine de Ganay, dont il aura deux enfants, Caroline et Pierre-Olivier, qui fait carrière aux Etats-Unis.

De l'importance de la famille...

Cette proximité familiale a-t-elle permis à Nicolas Sarkozy de se constituer un réseau dans le milieu aristocrate ? Jamais, à ma connaissance, il n'a utilisé cette carte. Il s'entend très bien avec sa demi-sœur Caroline, mais il s'est forgé son propre réseau, seul, lors de sa conquête de la mairie de Neuilly. A vrai dire, il n'est pas fasciné par cet univers mondain, qu'il a fréquenté sur les bancs du cours privé où sa mère, qui a élevé seule ses trois garçons, a tenu à les inscrire. Nicolas Sarkozy, par exemple, n'aimait pas les rallyes, dans lesquels "''on est obligé d'inviter les moches à danser''", expliqua-t-il un jour à sa mère. Le frère aîné, Guillaume Sarkozy, y était beaucoup plus sensible. Comme il le dit maintenant, "'on était juste à côté, mais pas vraiment dedans''". A cette époque, ils vivent dans un hôtel particulier du XVIIe arrondissement, mais c'est leur grand-père qui le loue, et leur tante habite aussi avec eux. Les Sarkozy sont installés au dernier étage. L'ambition politique de Nicolas Sarkozy naît en partie d'un désir de revanche - il n'a jamais supporté la condescendance, et parfois le mépris, affichés par ces milieux très aisés lorsqu'il était adolescent. Pour autant, Nicolas Sarkozy est très décomplexé par rapport à l'argent : l'idée de "réussite" ne le dérange pas, au contraire !

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Nicolas Sarkozy a toujours insisté sur l'importance de sa famille. Comment analyser la passation de pouvoir qui s'est déroulée à l'Elysée le 16 mai, où l'on a vu apparaître un homme entouré d'une famille nombreuse et recomposée ? Tout d'abord, il est très proche de sa mère. Ses parents sont séparés depuis 1960, mais leurs rapports sont très conviviaux : déjà, au moment des 80 ans d'Andrée Sarkozy en 2005, ils avaient posé en famille pour une photo souvenir. Andrée Sarkozy a toujours veillé à maintenir un lien entre le père et ses fils. Ensuite, le nouveau président de la République est remarié, avec une femme elle-même divorcée. On a vu arriver à l'Elysée une famille recomposée, avec les deux filles de sa femme, ses deux fils et le petit garçon qu'ils ont eu ensemble. Quel show ! Comme d'habitude avec Nicolas Sarkozy, c'est à la fois naturel et mis en scène : une autre façon de décliner la "rupture" consiste aussi à présenter cette image qui tranche avec les schémas familiaux classiques des présidents qui l'ont précédé. Mais c'est plus une intuition personnelle qu'une enquête objective que je livre en disant cela !

Les Sarkozy, une famille française, par Elise Karlin et Pascale Nivelle, Calmann-Lévy, 16 euros

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