Ses refrains ont fait danser la France entière. Il était la joie, la bonne humeur. Ce chanteur populaire et fier de l'être s'est envolé. Il va faire rigoler les anges...

On est triste, tellement. On s'était habitué à lui. L'ami de la famille venait chanter ses ritournelles sur petit écran, le samedi ou le dimanche après midi, le mercredi soir aussi. C'était pratique, le lendemain, les enfants n'avaient pas école. Carlos a tout osé, tout tenté en swinguant sur une vague qui fait les bonheurs des petits bals populaires, où l'on accroche les filles sur une rengaine menthe à l'eau. Bouche contre bouche, on a tous fredonné Big bisou, tout en s'exécutant, dociles, lorsqu'il hurlait « sur le cou, attention, embrassez-vous !» C'est fou, en y repensant, comme on s'est embrassé...

Carlos ou le grand écart. L'impossible pari tenté. De son vrai nom Yvan-Chrysostome Dolto. Chrysostome, prénom à racine grecque, littéralement bouche d'or, car le premier du nom fut un orateur de talent. Un sens caché qui interpellait follement sa célébrissime mère, la plus incontournable psychanalyste de France, Françoise Dolto.

Né à Paris, le 20 février 1943, le petit garçon évolue dans un milieu intellectuel où les livres serpentent sur d'interminables étagères. Son père, Boris Dolto, est un homme passionné par les labyrinthes du corps, l'un des meilleurs kinésithérapeutes du moment, fondateur de l'Ecole Française d'Orthopédie. A trois ans, Yvan-Chrysostome joue les terreurs dans le Jardin du Luxembourg et devient chef de bande sous le nom de Titi Boss. Les nurses frémissent. Retour obligé à la raison. A Decroly, une école expérimentale parisienne, ce joyeux cancre déjà cultivé s'ennuie ferme.

Viens à Saint-Germain

Dès le milieu des années 50, il arpente les rues de Saint-Germain, à Paris, roule à tombeau ouvert sur son scooter. Il aime fréquenter le monde de la nuit, les boîtes où des filles à robe imprimée vichy et des garçons gominés dansent jusqu'à pas d'heure. Le voici familier du Bidule, du Chat qui pêche. Le voilà au Storyville quand il n'est pas aux Trois-Maillets. Il écoute passionnément cette musique de barbare, venue d'Amérique, vilipendée par les bien-pensants et qui s'appelle rock'n'roll. Il rencontre Jean et Michel Drucker, alors âgé de 14 ans, au cours de soirées qu'il anime avec un talent fou à l'Ambiance, discothèque située au pied de Notre-Dame. Ses amis décident un beau jour qu'il lui faut renoncer définitivement à ce prénom de saint orthodoxe ! Carlos est né, Carlos en hommage à Carlos Patato-Valdès, un percussionniste cubain, « le roi des Congas », qui fascine le jeune homme. Bref, Carlos sort toutes les nuits mais trouve le temps, oh miracle, d'obtenir un diplôme en kinésithérapie à l'Ecole de masso-kinésithérapie fondée par papa.

Publicité
Il ne va pas exercer très longtemps. Au Caveau de la Montagne, il se lie d'amitié avec un rocker beau comme un jeune dieu, promis à l'avenir que l'on sait et qui va devenir un presque frère, un fidèle parmi les fidèles, Johnny Hallyday. Johnny sort avec une jolie blonde, d'origine bulgare, qui veut devenir chanteuse, Sylvie Vartan. En 1962, Carlos, au pied levé, remplace Lucien Morisse au micro d'Europe 1. Joli succès d'estime : il a du bagout, de la culture, et de l'esprit.
Publicité