Cécilia a donc regagné son indépendance. La première dame de France est redevenue "une femme libre". En 15 mots d'un communiqué laconique, publié le 18 octobre, et que seul un cercle restreint d'intimes et de conseillers aura la faculté de décrypter. "Cécilia et Nicolas Sarkozy annoncent leur séparation par consentement mutuel. Ils ne feront aucun commentaire".

Et pourtant. Libre, Cécilia l'est aussi par la parole. Moins de 24 heures après le communiqué de l'Elysée, elle éprouve le besoin de s'épancher. Ou tout du moins d'expliquer ses motivations profondes, et c'est naturellement à Yves Derai, le journaliste de l'Est Républicain qui avait recueilli ses premières confidences à l'issue du sauvetage des infirmières bulgares, qu'elle accorde cette interview vérité : "''Je pense que je me dois d'expliquer pourquoi je ne veux plus jouer le rôle- si rôle il y a- de première dame de France : les raisons pour lesquelles je veux me retirer de la vie publique (...). Je me dois d'expliquer les raisons de mon choix aux Français qui se posent des questions''".

Les mots sont simples et touchants, le style franc et direct. Cécilia ne prend aucun détour pour exprimer son trouble face à une vie médiatisée qu'elle refuse. "''Cette vie publique ne correspond pas à ce que je suis au plus profond de moi-même. Je suis quelqu'un qui aime l'ombre, la sérénité, la tranquillité''". Pas plus qu'elle n'esquive, en dépit de l'admiration toujours intacte pour "l'homme d'Etat", les difficultés de son couple : "''On a tout essayé, j'ai tout essayé. Simplement ce n'était plus possible... Il n'y aucune énigme, aucun mystère, il n'y a qu'un couple qui traverse une crise, qui a essayé de la surmonter sans y parvenir''". Dont acte.

La femme "sereine"

Le président a dû, lui aussi, se résoudre à ce constat d'échec. Il lui restait à choisir le "moment opportun" pour l'annoncer, et couper court aux informations qui rendaient la situation intenable. Quelle folle semaine décidément ! Il y a d'abord eu le no comment réitéré du porte-parole de l'Elysée, David Martinon.

Lundi 15 octobre, plus de quatre-vingts journalistes testent le sang-froid de cet énarque, candidat à succession de son "patron" à la mairie de Neuilly-sur-Seine, et ami de Cécilia qu'il avait choisie comme témoin de son mariage. Martinon oppose stoïquement le même "''je n'ai aucun commentaire à faire''".

Mais dès le 17, Le Nouvel Observateur, s'appuyant sur le témoignage d'une proche de Cécilia, révèle que le couple a "matérialisé" sa rupture devant un juge, deux jours auparavant, se fixant un délai d'un mois et demi pour que la convention soit "définitivement homologuée et le jugement de divorce prononcé". La nouvelle est distillée aux 20 heures des deux grandes chaînes généralistes, en milieu de journal, tandis que Canal + invite sur son plateau l' auteur du scoop de la semaine, Sophie des Déserts, du Nouvel Observateur, et Sylvie-Pierre Brossolette du Figaro donnant son éclairage sur ce qu'elle nomme justement un "secret de polichinelle". La presse internationale, barre elle, depuis quelques jours, ses "Une" de gros titres et de colonnes de commentaires.

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Le tempo s'accélère lorsque, le même jour, lors de la Journée mondiale sur la pauvreté, Nicolas Sarkozy discourt de manière prémonitoire sur la "solitude". Et puis surgit l'inimaginable. Le lendemain, la grande absente, la principale protagoniste de cette affaire, réapparaît soudain "au grand jour" : Cécilia "sort de l'ombre" en Une de Paris-Match. Pas d'interview, pas la plus petite allusion au sujet d'une rupture. "''Nous ne publions que des informations officielles''", se défend le titre, échaudé sans doute par le licenciement de son ancien directeur, Alain Genestar, à la suite de la publication des photos de Cécilia en compagnie du publicitaire Richard Attias. Faute du "poids des mots", reste le "choc des photos". "Les images d'une femme sereine" prises au Pershing Hall, un hôtel parisien à la mode, par Philippe Warrin, le photographe auteur du portrait officiel du président ! On ne retiendra que ce mot : "Sereine". Cécilia apaisée sans doute d'avoir enfin "actée" un choix si difficile. Une épouse convaincue d'avoir, à bon droit, opposé son libre-arbitre à la raison d'Etat. Sereine, sans doute aussi, pour avoir "emmené Nicolas là où il fallait qu'il aille". Cette phrase balzacienne dans ce dosage subtil où se conjuguent l'amour désintéressé et le goût de la conquête, aurait été prononcée par Cécilia devant son cercle d'amies. Et de rassurer son amie Isabelle Balkany : "Ne t'inquiète pas. Tout va bien".
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