Le jour où Caroline vient au monde : A star is born.

Un film. Un véritable film tourné en seize millimètres dont l'ex-miss Grace Kelly partage la tête d'affiche avec un charmant bébé brun vêtu d'une brassière en laine bleu-turquoise. Caroline est alors à peine âgée de quarante-huit heures. A la caméra, le prince Rainier qui a tenu à scénariser en personne la venue au monde de sa petite princesse. Le soir même, cette superproduction, qui a nécessité pas moins de trente mètres de pellicule, est diffusée au monde entier, via le canal de Télé Monte-Carlo. On y découvre une Grace lumineuse, tendrement penchée sur le berceau de style Empire, en bois doré et doublé de satin, où gigote la nouvelle star. La scène finale voit l'enfant s'endormir dans ce lit historique qui fût celui du "roi de Rome".

Déjà, Caroline, Louise, Marguerite n'est pas n'importe qui. Et malgré la pluie fine qui tombe en crachin en ce mois de janvier 1957, ce sont trois cents journalistes - presque autant que pour le mariage de ses parents - qui sont venus attendre l'heureux événement. Le quotidien américain The New-York Herald Tribune a dépêché Art Buchwald, son chroniqueur vedette. Et le fameux photographe Howell Conant a obtenu l'exclusivité des images. Tout est en place pour le grand jour, jusqu'au décor de la nursery, laquée de jaune et de blanc, décorée d'animaux, imaginé par le décorateur George Stacey. Un casting impitoyable a présidé au choix de la nurse suisse sélectionnée parmi 400 candidates. "Mais elle reste désespérément muette", se désole le journaliste de Point de Vue-Images du Monde.

Caroline est superbe

Du côté médical, l'équipe est digne de la Metro Goldwin Meyer. Le gynécologue parisien Emile Hervet est assisté de trois médecins, les docteurs Donnet, Bernasconi et Gandelon, deux sages-femmes, quatre infirmières et une anesthésiste ! Caroline va naître dans la bibliothèque du palais transformé en salle d'accouchement et dans laquelle a été installé un éclairage spécial. Jusqu'au dernier moment, on s'affaire en cuisine pour préparer à la future maman ses gâteaux préférés nappés de sirop d'érable. Le France-Soir de l'époque a beau être celui de Lazareff, il annonce prématurément la naissance d'un garçon prénommé Georges, Pierre, Grégoire. Mais lorsqu'à trois heures du matin, Grace ressent ses premières contractions, elle ignore elle-même le sexe de l'enfant. Dans l'antichambre, Rainier fume cigarette sur cigarette. Sous l'œil inquiet de son père le prince Pierre, de sa sœur la princesse Antoinette, et de Margaret Kelly, la mère de Grace."Vous connaissez cet homme aux traits tirés, le geste saccadé, qui tourne comme une bête fauve dans un espace étroit et fraîchement repeint", s'amuse un journaliste.

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A 9 h 27 précisément, le 23 janvier 1957, la petite princesse découvre son palais. "Lorsqu'on lui apprit qu'elle venait de donner le jour à une fille, la princesse Grace se mit à pleurer, raconte un témoin. Puis instantanément, elle sourit à l'enfant qu'on lui présentait". Et, tandis que le capitaine des carabiniers Delhly tire les vingt et un coups de canons réglementaires pour annoncer la nouvelle au monde, le souverain de s'extasier sur les yeux d'un bleus profond et le teint mat de sa petite princesse : "J'ai vu d'autres nouveau-nés en visitant des maternités et ils me sont apparus comme des créatures rouges et laides Caroline est superbe".

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