A l'applaudimètre, Penélope Cruz a trouvé une rivale à sa mesure... Letizia. Sur l'interminable tapis bleu qui les mène toutes deux vers la salle du Teatro Campoamor d'Oviedo, lors de la traditionnelle remise des prix Prince des Asturies, l'actrice emblématique de Pedro Almodovar, l'icône latine de l'Oréal, se voit ravir la vedette par l'épouse du prince Felipe. Une star dans toute sa superbe éclipsée par une princesse aux traits un peu tirés par les premiers mois de sa grossesse, voilà bien une scène cocasse pouvant inspirer le réalisateur de "Talons Aiguilles", présent d'ailleurs dans la salle.

Ce concours de popularité tout à fait imprévu serait resté anecdotique s'il n'avait pas illustré d'une façon éclatante la nouvelle dimension prise, ces derniers mois, par la princesse des Asturies. Le journal El Mundo ne s'y est pas trompé titrant, le lendemain même de cette soirée : "Doña Letizia et Penélope Cruz se partagent les fans". Cette "sofiacoppolisation" de la jeune Asturienne, disons pour faire court un mélange de glamour et de modernité inclassables, ne semble pas heurter la sensibilité de la Zarzuela toujours très réservée sur la starisation des membres de la famille royale. Mais là, il faut bien avouer que l'on n'a plus affaire à la "Letizia des premiers pas", jeune princesse corsetée comme une Menine, craignant à chaque pas la sanction immédiate des médias ou d'une opinion publique aux allures sévères et inquisitoriales de douairière.

Letizia n'a plus peur. N'a plus peur d'être elle-même. C'est une évidence confirmée à chacune de ses sorties. Elle est simple, directe, spontanée. Piquante et chaleureuse. Se régénérant au contact des foules. Terriblement espagnole. A tel point que, selon Jésus Mariña de l'hebdomadaire Tiempo, elle a "transformé Felipe en un autre personnage, plus aimable, plein d'attention, de sensibilité et d'égards envers les autres".

Que s'est-il passé ?

Que s'est-il donc passé aujourd'hui pour qu'elle apparaisse enfin comme le meilleur atout des Bourbons ? Plus libre et moins "femme de..." Ce miracle se nomme Leonor. L'arrivée, il y a tout juste un an, de la petite infante a changé radicalement la donne. Pour Letizia, ce fut plus un signe patent d'émancipation. L'explication est pourtant simple. En donnant à la couronne une héritière, elle a répondu au "cahier des charges" d'une princesse mariée à un futur roi. D'une certaine manière, sa fille lui a donné une légitimité que son mariage n'avait pas encore véritablement établie ni consolidée. Elle l'a délivré d'un poids, d'une responsabilité, du rôle étouffant et réducteur de "simple génitrice". Avec Leonor, Letizia s'est surtout épargnée les désagréments (et c'est un doux euphémisme) endurés par sa consœur nipponne, Masako qui a tardé à donner un enfant au prince hériter. Avec un second enfant annoncé pour le mois de mai, fille ou garçon, héritier ou pas (les règles de succession n'étant toujours pas modifiées), Letizia consolide sa place dans la maison royale. Elle n'est plus une pièce rapportée mais une pièce maîtresse de l'avenir de la couronne. Un élément confirmé lors d'un sondage publié par Point de Vue en juillet dernier, dans lequel près de 60 % de ses sujets jugeaient que "sa maternité l'avait rapprochée des Espagnols". Ce qui ne veut pas dire que du jour au lendemain, les anti-Letizia, même minoritaires au sein de la population, ont disparu de l'échiquier médiatique. Ils continuent ça et là, à travers des articles plus ou moins vipérins, à porter le deuil d'une princesse de sang et à dénigrer "l'ancienne journaliste, la divorcée, l'arriviste". Jaime Peñafiel, auteur d'un récent "Letizia au Palais" (éd. La Esfera de los libros ») n'en démord pas : "Il n'y a pas de doute que Letizia nous apparaît comme un femme autoritaire, fantasque et capricieuse".

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Plus insidieux, d'autres chroniqueurs (ceux notamment de la rubrique Cronica de El Mundo ) laissent sous-entendre par exemple que Leonor ressemble plus au père de Letizia. Comprenez, elle n'a rien d'une Bourbon et tout d'une Ortiz. Et voilà que l'on ressort le pedigree de roturière de Letizia. Comme une tâche, indélébile... Et cela peut prendre des proportions totalement surréalistes. Ainsi, Mabel Galaz du quotidien El Pais raconte que la reine Sophie, scandalisée par une rumeur selon laquelle Leonor serait sourde, se fait un plaisir lors des vacances d'été à Palma d'appeler sa petite-fille devant des journalistes afin de montrer qu'elle répondait à son nom. A travers un communiqué du service de presse de la Zarzuela, Letizia a même tenu à faire une mise au point sur l'angiome (totalement bénin) que Leonor a sur le nez ! La médiocrité des attaques prouve une seule chose : on ne trouve rien à lui reprocher. Ce qui fait dire avec humour à Pilar Portero, l'une de ses premières biographes, que Letizia "a obtenu son Master en souveraineté avec mention très bien."
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