Voilà le célibataire le plus convoité de la planète. Jeune, beau, pas dénué de bien, il est le fils d'une des plus grandes icônes du vingtième siècle et, un jour, il sera roi. C'est plus qu'il n'en fallait pour faire rêver la jeune femme que je suis, journaliste de surcroît. Car interviewer William, ce ne serait pas seulement approcher enfin, un prince charmant (des princes, j'en connais à la pelle, mais ils ne méritent pas tous ce qualificatif), ce serait aussi, mis à part Gabriel Garcia Marquez et Alexandre Soljenitsyne, l'interview de ma vie. Profitant de deux actualités - il prépare un concert en l'honneur de sa mère et vient de fêter ses vingt-cinq ans, j'ai demandé une interview. J'étais d'autant plus optimiste que le destin semblait se ranger de mon côté.

Moi qui suis née le jour du printemps, je me suis aperçue que William a ouvert pour la première fois les yeux un 21 juin donc le jour de l'été. Refuser d'y voir le signe d'une puissante filiation revenait à faire preuve d'un manque criant de bonne volonté. Mais ce n'est pas pour rien que le mot "mauvaise foi", n'existe pas en anglais, et que l'on se souvient rarement d'Albion pour son exemplaire honnêteté. En bref, je n'ai pas eu la chance de le rencontrer. Alors, ma rencontre avec le prince William, à défaut de l'obtenir, je l'ai rêvée. Faite des centaines de pages que j'ai lues, des milliers de photos que j'ai aimées de lui, en enfant blond tendrement lové dans le giron de sa mère, en jeune garçon timide et romantique, et maintenant en homme dans les yeux duquel on saisit, parfois, tout l'orgueil des seigneurs, cette interview fictive se passe de la réalité pour mieux, peut-être, frôler la vérité.

Le rêve d'être "normal"...

Intimidée, je pénètre dans un petit salon de Clarence House. Le prince William m'attend. Il porte un pantalon beige et une chemise bleu ciel dont il a roulé les manches. J'admire ses épaules très larges. Il doit faire près d'un mètre quatre-vingt-dix. Il s'est levé pour me serrer la main et je sens mes joues s'enflammer, bouffée de chaleur sentimentale que n'arrange pas le feu qui crépite dans la cheminée. Derrière lui, tranchant sur la moquette beige, je remarque un piano sur lequel sont posées quelques photos de famille en noir et blanc.

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Le prince Charles, Lady Di et leurs enfants y sourient à grandes dents, dispensant, à défaut de le vivre, du bonheur à des millions de gens. Presque aussi intimidé que moi, le prince cherche à me mettre à l'aise avec quelques plaisanteries très "british". Je pose ma première question. Les jambes largement croisées dans une posture virile, il me répond d'une voix grave. Plus latin que je ne l'aurais imaginé, il parle beaucoup avec ses mains et c'est heureux car sa diction est si rapide que je dois faire un sérieux effort de concentration pour ne pas perdre le fil. Rencontre avec un jeune homme né sous le signe d'un destin extraordinaire et qui ne rêve pourtant, que de normalité.
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