Elle était tellement favorite que l'on a cru un moment qu'elle passerait à côté. A l'issue d'une interminable cérémonie des César, Alain Delon a finalement appelé "La môme Marion", désignant Marion Cotillard comme la meilleure actrice du cinéma français en 2007. Elle serre peut être aujourd'hui dans ses bras le longiligne Oscar américain, suprême statuette attribué dimanche dernier par le tout Hollywood dans la même catégorie. Trois semaines plus tôt, elle a aussi flotté tel un ange en Chanel jusqu'à la scène du Royal Opera House de Londres, pour recevoir le masque doré du British Academy Film Award, le Bafta.

Depuis un mois, "Marione Cotilliarde" (comme disent les Anglo-saxons) doit faire face à une pluie de récompenses, sorte de grand chelem du prix de la meilleure actrice. Du jamais vu dans l'histoire du cinéma, et de quoi faire grimper sa cote aux sommets du genre et décorer sa cheminée. A l'unisson, la planète craque pour la fille à la fossette et au grain de beauté plaqué au milieu du front. Celle qui s'est si bien lovée dans le rôle d'Edith Piaf jusqu'à devenir la môme aux yeux affamés d'amour et balayer trente trois ans d'une vie de tragédie jusqu'à la déchéance. Elle irradie Marion, pas d'un banal sourire de star, mais de cette jubilation cueillie jour après jour, inespérée.

Elle laisse parler son cœur, libre d'éclater de rire si ça lui chante, de bredouiller trois onomatopées en guise de remerciement, et de trouver encore que ce qui lui arrive est extraordinaire. "''Je suis sous le choc. Je n'avais rien préparé et ne me souviens plus de rien''", avoue-t-elle quelques minutes après avoir soufflé la récompense anglaise au nez des méga stars Kate Blanchett et Keira Knightley. Partout, sa vraie/fausse naïveté fait mouche, elle pratique le charme sans la séduction à tout crin, comme une métaphore du romantisme à la française.

Un premier César...

Marion Cotillard accède donc au top sans mal d'altitude. A 32 ans, cette enfant de la balle compte déjà à son actif vingt sept longs métrages. Des rôles d'écervelée comme celui de la Lilly Bertineau de la série des "Taxi" (1, 2, 3), la fille qui s'assume dans "Ma vie en l'air", ou encore la femme blessée et vengeresse d'"Un long dimanche de fiançailles" qui lui vaut le César du meilleur second rôle féminin en 2004.

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En fait, sa carrière a démarré bien plus tôt, du côté d'Orléans où la petite tribu (Marion a deux frères, Guillaume et Quentin) s'est installée après avoir quitté la tour d'Alfortville. Dans la famille Cotillard, il y a Jean-Claude, le père, acteur de one-man-show et professeur à l'Ecole supérieure d'art dramatique de la ville de Paris et Niseema la mère, actrice elle aussi. Les parents de Marion animent aussi la Compagnie Cotillard, où l'on vient suivre des cours de mime et d'improvisation, tendance Jacques Tati. "''Aussi longtemps que je m'en souvienne, j'ai aimé chanter, danser et jouer la comédie''", raconte-t-elle. On réclame un enfant sur scène ? La petite est toujours partante, apprenant son métier à l'école de la vie. Sensible aussi, trop pour supporter les tribulations de l'extraterrestre "ET", mais jamais lassée de l'agonie de Greta Garbo dans le "Camille" de George Cukor. Au collège, on jalouse sa famille, bulle de fantaisie et d'amour hors norme. Pour s'en défendre, l'ado Marion se fait sombre et solitaire.
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