C'est Victoria, reine régnante de Grande-Bretagne qui, en 1857, a été la première à décerner à son mari, Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, le titre de "Prince Consort" - du latin consors : qui partage le destin, le même sort.
Dans ce cas précis, il s'agissait d'un titre de noblesse particulier, d'où l'emploi des majuscules. Victoria l'avait voulu ainsi en reconnaissance du soutien indéfectible qu'Albert lui avait apporté dans sa tâche de souveraine. En revanche, Philip Mountbatten n'a reçu, la veille de son mariage avec Elisabeth II, en 1947, que les titres de duc d'Edimbourg, comte de Merioneth et baron de Greenwich. Six ans plus tard, le jour du couronnement de la jeune reine, il lui fallut se mettre à genoux devant elle, selon le cérémonial médiéval, et lui jurer solennellement d'être son "homme lige".

En outre, il devra patienter jusqu'en 1957 - en raison de l'opposition des travaillistes - avant que sa royale épouse daigne le créer prince du Royaume-Uni, de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord. Mais de prince consort, nenni ! C'est donc abusivement qu'on utilise cette appellation pour le désigner, même si c'est ainsi que le duc d'Edimbourg, incarnant plus que tout autre ledit titre, est entré dans la légende. Si la reine, par malheur, était morte avant que Charles ne fût majeur, Philip aurait exercé la régence. Mais si cela devait se produire aujourd'hui, il ne serait plus que le veuf de Sa Gracieuse Majesté, sans attributions particulières.

Depuis soixante ans, le duc d'Edimbourg sert donc et conseille discrètement sa femme, deux pas en arrière, sans jamais l'offenser. Il a tout de même exprimé une fois sa volonté de "ne pas vouloir terminer comme un brontosaure empaillé dans un musée". Et compris la nécessité de se trouver des combats personnels : la protection de la nature, le développement technologique ou - ô ironie ! - les droits de la femme...

De la même façon, Henri de Laborde de Monpezat, devenu Son Altesse Royale le prince Henrik de Danemark, n'a aucune fonction officielle définie. Catholique, il a dû renoncer à sa foi pour "épouser" celle de la reine, l'article 6 de la Constitution lui faisant obligation d'appartenir à l'Eglise évangélique luthérienne. Henrik s'est plaint souvent de son statut ingrat, au point d'aller parfois "bouder" sur son domaine de Caix, près de Cahors.

Ainsi, lorsqu'en 2002, la reine Margrethe, souffrante, se fit remplacer pour la cérémonie des vœux du nouvel an par le prince héritier Frederik, et non par son mari, au mépris des traditions, ce dernier exprima haut et fort son ressentiment.

Publicité

La situation néerlandaise est similaire : les époux des reines Wilhelmine, Juliana et Beatrix, étaient simplement "princes des Pays-Bas", et à ce titre membres de la Maison royale, mais sans rôle politique.

Publicité
Précisons enfin que la femme d'un roi n'est pas forcément reine. Selon la tradition, l'épouse du roi Mohammed VI du Maroc, Lalla Salma, est "princesse consort". Et il se pourrait bien également que Camilla, duchesse de Cornouailles, porte le même titre lorsque Charles succédera à sa mère.

Le prince Henrik de Danemark

Vidéo - Retrouvez ci-dessous notre zapping People du jour :