Elle a incarné le rêve de millions de jeunes filles : rencontrer le prince charmant et l'épouser. Leur couple est devenu légendaire. Le destin a écrit le dernier chapitre dans les larmes.

Rainier et Grace : Le prince et l'étoile

Leur romance ressemble à un succès de la collection Harlequin : le jeune prince triste et esseulé dans son château d'opérette, la belle étrangère aux cheveux d'or et aux yeux d'azur, le coup de foudre sous le soleil de la Méditerranée, le mariage de conte de fées... Et seule la fin tragique de la princesse, en septembre 1982, dans un lacet de la Grande Corniche, mêlera à tant d'eau de rose du sang et des larmes.

Leur rencontre est placée sous les auspices de "Monsieur Cupidon" - alias Pierre Galante, photographe de Paris-Match. 6 mai 1955 : Grace s'est échappée pendant quelques heures du festival de Cannes pour visiter le palais des Grimaldi. Rainier est en retard, la star s'impatiente, menace de regagner son hôtel. Enfin le prince apparaît, dans un vrombissement de sa Lancia décapotable. Le charme aussitôt opère. Son Altesse Sérénissime caresse le tigre de sa ménagerie, et l'actrice frémit devant une telle témérité...

Fille de John Kelly - le "roi de la brique" - Grace brille au firmament du 7e art. Sous la direction de Hitchcock, qui admire "le feu qui brûle sous la glace de cette froide Irlandaise", elle a découvert la Côte d'Azur l'année précédente, lors du tournage de La Main au collet. Elle y reviendra encore au printemps 1956, cette fois pour le rôle de sa vie.

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En ce 19 avril, le soleil et la pluie se disputent les cieux monégasques. Une semaine auparavant, la fiancée a débarqué du paquebot USS Constitution, tandis que les hydravions du milliardaire Onassis déversaient sur le port des brassées d'œillets rouges et blancs. La Metro Goldwyn Mayer a obtenu l'exclusivité de ces noces du siècle. Et c'est Helen Rose, styliste de l'ex-producteur de Grace, qui a dessiné sa fabuleuse robe en soie écrue et dentelle de Valenciennes, avec ses 46 mètres de taffetas et ses 90 mètres de tulle.

Ils sont plus de 100 000 curieux et 2 000 journalistes, à Monte-Carlo, arpentant les vieilles rues du Rocher, assiégeant la cathédrale Notre-Dame de l'Immaculée-Conception. Et pour la première fois, une telle cérémonie est retransmise en Eurovision pour trente millions de téléspectateurs, dans neuf pays. Rainier III a fière allure, sanglé dans l'uniforme qu'il a imaginé pour la circonstance, tunique noir et or, pantalon bleu et bicorne à plumes d'autruche. Des milliers de lilas blanc embaument la nef et, aux accents solennels de Bach et de Mozart, la liturgie catholique déploie ses pompes, dans un décorum tout hollywoodien. Mais à l'instant de la bénédiction, Grace trop émue manque d'oublier son texte et prononce un oui si ténu qu'aucun micro ne pourra l'enregistrer.

"La princesse et moi regrettons d'avoir si peu vu notre mariage", confiera Rainier des années plus tard. Monaco n'en est pas moins entré dans la légende du XXe siècle. Et si certains journalistes de mauvais augure ont prédit que l'union du prince et de l'étoile ne durerait "sûrement pas plus longtemps que celle de Rita Hayworth et d'Ali Khan", leur amour résistera à l'usure du temps. Grace donnera trois héritiers à la couronne et se révélera une souveraine plus que parfaite.

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Sans doute ce tableau idyllique souffre-t-il quelques accrocs. Sans doute l'ancienne actrice regrettera-t-elle parfois d'avoir dû sacrifier sa carrière pour vivre dans une cage dorée. Néanmoins, l'un des cousins de la princesse, John Lehman, confirme : "Leur mariage est le plus harmonieux qu'il m'ait été donné de connaître. Ils avaient des personnalités fort différentes, mais on ne peut pas les imaginer l'un sans l'autre". Et Mary Wells, une amie du couple, se souviendra : "Rainier et Grace n'étaient pas seulement des personnes, ils incarnaient un mythe".

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