"''Dans un jardin d'hiver...''"
Le chanteur a rejoint le paradis des crooners. On l'imagine là-haut, en smoking blanc et panama, tutoyant les anges du velours de sa voix. Et riant, comme un satané gosse assis sur un nuage. Hommage d'ici-bas.

Un mois de novembre d'il y a trois ans, flânant dans un quartier populaire de Rio, Henri s'était déjà accroché dans le dos, pour nous faire rire, deux ailes d'ange. Deux ailes griffonnées par un artiste de rue brésilien. Deux ailes à la craie pour mimer l'envol du Corcovado, et rejoindre en smoking blanc, le paradis des crooners. Mercredi dernier, d'une rupture d'anévrisme, le chanteur a rejoint désormais ceux qu'il avait tant écouté gamin et qu'il appelait ses Dieux : Nat King Cole et Frank Sinatra.

La révérence d'un crooner
"''Un crooner'', nous disait-il, ''c'est un type qui ne chante pas, mais qui susurre. Ce qu'il faut faire résonner, c'est la profondeur que l'on a en soi... l'âme.''" Enfermé depuis des mois dans les studios, en compagnie des meilleurs musiciens brésiliens, le vieil homme venait de faire vibrer, comme une corde de violoncelle, entre une sieste à rallonge et une longue nuit de sommeil, son âme métisse, un peu triste, d'enfant de la Guyane.

"''Révérence''", plus qu'un album, le dernier, la rencontre d'un yogi maîtrisant le Souffle transcendantal et d'un crack de la bossa nova. La voix tendue en un long fil de soie dévidant la prose alanguie de "''Dans mon île''" ou de "''Cherche la rose''" en un velouté à vous arracher des larmes. "''Je suis des Antilles, et l'on est toujours comme cela, mezzo-mezzo. La vie, c'est toujours un peu de gris mêlé à un peu de rose. Cependant, ce disque n'est pas triste, je dirais plutôt qu'il est romantique.''"

"Faut rigoler"

"''Faut rigoler''" On se souviendra de l'élégance d'un monsieur délicat et pudique, amoureux de sa femme comme l'est un adolescent, la couvant des yeux à la terrasse du Copacabana Palace. Pour se protéger, Henri avait pour paravent son rire inouï. Un rire devenu emblématique qui fonctionnait comme un tonique puissant. L'élixir de vie d'un être solaire goûtant l'existence en dilettante ou en faux paresseux : "''Je suis un vieux renard du métier, vous savez''".

Après tout, il se foutait de ce que l'on pouvait dire au sujet de son image d'amuseur public, de rigolo des plateaux TV toujours prêt à se déguiser en bébé à tétine ou en Zorro vengeur... bien avant Antoine de Caunes et José Garcia. Avec le public, on ne boudait pas cette Face A, celle de "''Juanita Banana''" ou de "''Faut Rigoler''". Car de l'autre côté, il y avait un embarquement assuré pour Syracuse. "''Il fallait bien bouffer''", rétorquait-il à ceux qui le traitaient alors de "ringard" et qui n'avaient sûrement pas arpégé avec Django ou Quincy Jones.

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Joueur de pétanque Avant sa résurrection, son grand retour sur scène en 2000, aux côtés des "''gamins''" de la chanson française, Benjamin Biolay entre autre, Henri avait inventé, avant l'heure, une forme particulière de RTT. Pendant vingt ans, il avait tué le temps en jouant à la pétanque : "''C'est un exercice plus difficile que les gens n'imagine. Le terrain n'est jamais le même et il faut connaître la combine pour envoyer la boule au bouchon. Trêve de plaisanterie. Je n'ai en fait jamais cessé de composer. Maintenant, je suis dans la période que je préfère. Je peux chanter de belles mélodies sur de beaux textes.''"
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