"''Visage lumineux, cheveux ébène piqués de fleurs, une rebelle magnifique, impertinente, l'audace malicieuse et drôle. Cette femme frêle est Aung San Suu Kyi''". Ce sont les mots ceux de Jane Birkin. Ils préfacent "''Le Jasmin et la lune''", l'un des rares livres sur la birmane Aung San Suu Kyi traduit en français, à l'exception d'un livre témoignage, publié en 1991 aux éditions des Femmes, et de quelques manifestes politiques épars...

"Hero of our time"
Et pourtant. Cette dame, emprisonnée depuis 2003, dont on a un peu (plus) parlé au mois d'octobre avec les derniers événements est une vraie Dame. La "Lady" d'un peuple, une "''irréductible''" (dixit l'ancien Président de la République François Mitterrand), unique vraie opposante à la junte militaire au pouvoir depuis 1988. En témoignent également les engagements de Chefs d'Etat pour sa libération (en mai dernier), les mobilisations d'artistes et d'ONG et de l'admiration à tous : Aung San Suu Kyi a été élue "''Hero of our time''" en 2006 (sondage du "New Statesman"), et classée 46ème au classement Forbes des femmes les plus puissantes au monde.

Son père, ce héros...
Aung San Suu Kyi est d'abord bouddhiste, également fière adepte de Gandhi, Martin Luther King, Mandela. Elle est la fille courage d'un militant, le général Aung San, qui négocia l'indépendance de la Birmanie en 1947 (avant de mourir, assassiné, cette même année). Elle est encore Prix Nobel de la Paix en 1991. Elle a été l'un des membres fondateurs de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), un parti créé en 1989. Elle en était Secrétaire générale quand il remporta des suffrages aux élections législatives de 1990 à presque 80 % des suffrages... avant de se faire gentiment remercier par l'armée.

Assignée à résidence

12 ans de détention Elle ne sera jamais Premier ministre et le résultat des élections sera annulé. Aung San Suu Kyi est assignée à résidence depuis 2003. Elle vit aujourd'hui recluse dans sa villa au 54 University Avenue Road, avec pour seules aides et compagnie, une vieille amie militante et sa fille. ''"Ici, il y a un crime plus terrible que le meurtre : tenter d'entrer en contact avec Aung San Suu Kyi''" (lemonde.fr du 2/10/2007), rapportait début octobre Isabelle Tournier, journaliste au Monde "''L'entrée de la rue est barrée par des rouleaux de fils barbelés, ou par de simples barrières, selon les jours. Ces jours-ci, le barrage, tenu par des policiers et des soldats en armes, tient de la forteresse''", écrivait-elle (Le Monde du 2/10/2007).

Le "papillon d'acier" Ces 18 dernières années, elle aura passé 12 ans en "prison". Cela fait des années qu'elle n'a pas vu ses deux garçons, Kim et Alexander, aujourd'hui aux Etats-Unis. Contrainte à rester dans son pays, même dans ses périodes de liberté, par crainte de ne pouvoir y rentrer de nouveau, elle ne reverra pas même son mari, un universitaire anglais, qui mourra d'un cancer en 1999. Sans parler de ses nombreux anniversaires passés seules, de son interdiction de s'entretenir avec les membres de son parti, son impossibilité de s'exprimer sur les événements...

"''Elle ne trahit pas'''' Samedi 22 septembre, un petit miracle s'est produit. Les policiers ont laissé passer les moines bouddhistes qui manifestaient près de sa rue. Aung San Suu Kyi a pu les saluer de sa fenêtre, visiblement très émue. Une semaine plus tard, elle fut aussi autorisée à s'entretenir avec un émissaire de l'ONU, Ibrahim Gambari, en visite dans son pays. On ne saura jamais ce qu'il s'y est dit. En 1995, Antoinette Fouque disait qu' "''Aung San Suu Kyi ne cède pas, ne trahit pas. Elle est vivante, elle lutte, elle nous appelle''".

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Le 9 novembre, la Lady birmane a pu rencontrer un ministre nommé par la junte militaire et converser avec les cadres de son parti. Aujourd'hui, un mince espoir renaît pour la leader silencieuse de l'opposition birmane.

En savoir plus !

Le site de la Campagne pour la Birmanie Libre

"Se libérer de la peur", par Aung San Suu Kyi (1991)

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Aux éditions des Femmes

"Nationalisme et littérature en Birmanie", par Aung San Suu Kyi (1996)

Aux éditions Olizane

"Aung San Suu Kyi, demain la Birmanie", de J.C Buhrer et C. Levenson (réédition 2007)

Aux éditions Philippe Picquier

"Aung San Suu Kyi, Le jasmin ou la lune", par Thierry Falise (2007)

Aux éditions Florent Massot