L'entreprise, j'aimais ça

16 heures... C'est l'heure du bac. Du bac à sable. J'y vais chaque jour quand il fait beau depuis que j'ai décidé de rester à la maison...
L'entreprise, j'aimais ça. Malgré la réunionite, les peaux de banane de certains collègues, les challenges permanents et les RTT impossibles à prendre. Et puis mes chères petites têtes blondes sont arrivées. Comment accepter de passer à côté du premier areuh, du premier pas, du premier mot ? Comment accepter de partir en voyage à des centaines de kilomètres de leurs menottes qui serrent si fort mon cou le matin quand je les lève ? Comment supporter qu'ils tendent les bras à une autre qu'à moi ?
Vous l'avez compris, j'ai décroché. Plus qu'assez de la course contre la montre chaque matin pour préparer les petits avant de partir chez la nounou. Plus qu'assez des réflexions de ladite nounou pour dix minutes de retard sur l'horaire imposé. Et plus qu'assez du frigo dans lequel il manquait toujours de quoi préparer un dîner sur le pouce vers 21 heures, il était une fois les enfants couchés...

J'ai dit bye-bye à mon patron, et j'ai rangé tailleur et escarpins dans un placard pour me glisser dans un jean et un sweat résistants aux bavouillis et autres pissouillis. Bien décidée à devenir une madone des confitures, une virtuose des crumbles pendant les siestes des enfants. A moi, les méthodes de remise à niveau en langues étrangères et les ouvrages sur le point de croix. Et, pour rester active et socialisée, je m'investirai dans la vie de l'école dès que l'heure sera venue. Femme de projets j'étais, femme de projets je resterai.

Et sur le banc, c'est ambiance J'ai eu les premiers sourires, les premiers pas trébuchants, le premier "maman", le premier dessin. Le bonheur. J'ai aussi eu les hurlements de colère quand le biberon n'arrivait pas assez vite, les caprices, le refus des purées amoureusement préparées, les chambres et le salon à ranger trois fois par jour tous les jours du mois et de l'année, l'horizon limité par les couches et les biberons, avec le soir, à l'heure où j'imaginais enfin me cultiver un peu, le parachèvement de l'abrutissement devant un film mélo. Sans parler de l'angoisse des dîners entre amis, où je n'avais d'autre sujet de conversation que la diététique de l'enfant de 0 à 6 ans.

Et sur le banc, c'est ambiance

Mes journées sont rythmées par les changes, les tétées et les incessants allers-retours maison-écoles-activités. Et quand il m'arrive, par le plus grand des hasards, de parcourir un magazine éco, j'ai l'impression de lire du chinois. Avant, je n'avais pas le temps d'aller au cinéma, mais au moins, mes collègues en parlaient à la cafét'. Justement, à l'heure du déjeuner, je pouvais faire du shopping ou me plonger dans un magazine. Maintenant, à midi, je grignote dans la cuisine tout en étendant le linge pendant que les plus petits dorment.

Publicité
Publicité
La sortie du jour, en dehors de la supérette, c'est le jardin. Les mamans du quartier se retrouvent autour du bac à sable. Les petits, eux, sont dedans. Et là, c'est à l'image de la vie : il y a Margaux la coquette qui pleure car elle ne supporte pas le sable sur ses ballerines vernies, Lucas, le dur qui pique les pelles de tout le monde, Edouard, la terreur qui mord les plus petits que lui, Lucile, la chouineuse qui pleurniche tout le temps. Et sur le banc, c'est ambiance. La nounou de Margaux ne parle pas à la mère d'Edouard parce qu'elle trouve cet enfant mal élevé. La mère de Lucas fait la tête à la mère de Lucile car elle lui a donné une claque sur la main. Pour créer diversion, on parle de la varicelle d'Arthur, qui va sûrement la refiler à tout ce petit monde, et on commente la sortie des dents de Chloé qui hurle dans son landau depuis deux heures. Notre réseau relationnel, c'est l'adresse du pédiatre le plus disponible ou encore du supermarket qui fait promotion sur les couches-culottes.

Que celle qui n'a jamais connu le blues du bac à sable me jette la première pelletée.

Publicité