J'entretiens des rapports difficiles avec Morphée. A l'heure où Paulou baille et clignote des paupières, je me sens fraîche comme un gardon dopé à la vitamine C. Prête à danser le tango toute la nuit, ou, c'est beaucoup plus courant, à travailler jusqu'à point d'heure. J'ai accompli mon devoir de ménagère de base (la cuisine est rangée, le linge étendu), j'ai eu mon content de débats télévisés sur le sourire de Ségolène, le bronzage de Dominique et la niaque de Nicolas sur fond de corbeaux, peaux de banane et autres joyeusetés du monde politique.

Il est l'heure d'aller sagement se glisser sous la couette, tartinée de sérum antirides pour affronter une nouvelle journée. Oui, mais j'ai l'esprit en ébullition, et c'est justement à ce moment que j'ai envie d'entreprendre les travaux d'Hercule : ranger les centaines de photos rangées en vrac dans des cartons à chaussures, faire le tri des revues planquées sous les tables basses du salon....

Minuit passé : j'entre dans la chambre obscure sur la pointe des orteils. Paulou et Gros Léon ronflent en phase. L'un sur les pieds de l'autre. Interdiction d'allumer pour ne pas réveiller les mâles assoupis. Je me faufile à côté de mes hommes. Allo Morphée ? Je suis partante pour le voyage nocturne ! Zut, Morphée est sur répondeur. A plus de trois heures, je ressasse toujours mes problèmes existentiels : vais-je trouver la robe vue dans Modelle en taille 40 ? Que vais-je faire à dîner aux Tartimuche la semaine prochaine ? Et comment vais-je boucler demain cet article commandé par Isa, la rédac chef de mon cœur ? Et ma fille va t'elle bientôt virer ce grincheux inculte qui squatte chez elle depuis deux mois ? Gros Léon s'étale, Paulou aussi. Je fais du rappel sur le sommier du côté de l'armoire. Ca va les hommes, je me lève.

Niet aux somnifères

Publicité
Vous me direz : il n'y a qu'à prendre des somnifères. J'ai essayé, bien sûr. Ceux qui vous endorment mais qui vous laissent au matin comateuse à souhait, qui vous plombent la journée, et qui vous interdisent le petit coup de rouge du soir si bon pour les artères La phytothérapie aussi, j'ai essayé. Mais avec "Nuit végétale", j'aurais eu le temps de compter tous les brins d'herbes de la pelouse devant l'immeuble. Essayé aussi les lectures soporifiques et les trucs de Sonia. En particulier celui, idéal selon elle pour éviter de ruminer des idées noires : "Imagines que tu gagnes 10 millions d'euros, qu'est-ce que tu fais ?". Ca m'excite tellement qu'il faut que je me lève pour consulter "Châteaux et demeures de France" pour choisir ma prochaine résidence !

Rien n'y faisait. Mes nuits étaient moins belles que mes jours, jusqu'au jour où, par hasard, comme pour la plupart des grandes découvertes, j'ai trouvé un remède idéal. Vous voulez savoir ?

Publicité