Au Women's Forum de Deauville ces temps-ci, on croise la crème de la crème des business women. Du 5 au 7 octobre, 800 femmes originaires de 61 pays se sont réunies dans le prestigieux Congrès International de Deauville, à deux pas d'escarpins des célèbres Planches.
Thème du débat : "La responsabilité croissante des femmes, facteur de progrès dans la société". La rousse et courageuse Aude Zieseniss de Thuin, créatrice de l'évènement, l'a fièrement précisé hier matin avec son accent à couper au peigne à mascara : ''"The Women Forum is not a no man's land"''. Traduction : ''"les quelques têtes chromosomées XY qui se faufilent timidement parmi les tailleurs ne sont pas des intrus"''.
C'est qu'au Women's Forum, on compte seulement 10 participants pour 90 participantes. Fine manière de renverser les statistiques, quand on sait que le monde de l'entreprise est encore dirigé à 90 % par les hommes.

Mais quels participants ! Didier Lombard, de France Télécom, Jean-Claude Bailly, PDG de la Poste et le PDG-star de Nissan-Renault, le bien nommé Carlos Goshn sont "les mâles de service". Les women de service étant comme il se doit Laurence Parisot, Anne Lauvergeon, Christine Ockrent, Catherine Vautrin, Monique Canto-Sperber ou Nicole Notat.
On attendait Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. On aura, moins glamour mais politique quand même, Françoise de Panafieu et Michèle Alliot-Marie.
Et puis il y a les ovnis, le "quota de people". Ceux qui sont là on ne sait trop pourquoi mais qui ont au moins le mérite d'être là alors on les cite quand même... La réalisatrice Yamina Benguigui, venue parler de "l'art au féminin", les écrivain(e)s Irène Frain, Shan Sa et Erik Orsenna, la reine Rania de Jordanie et le réalisateur-baroudeur Tony Gatlif, qui a fait un petit crochet à Deauville en rentrant de Roumanie.

"J'adooooore être une femme"

Depuis jeudi matin, l'idée est donc de se lancer des fleurs. C'est plutôt inhabituel, et donc carrément jouissif. Un vrai festival de compliments. Et là, chapeau, les femmes s'organisent mieux que les hommes. Elles ont des qualités d'écoute, de l'empathie, font preuve de pragmatisme, d'efficacité, sont volontaires, obstinées et ne recherchent pas le pouvoir pour le pouvoir. "J'adore être une femme !" a ainsi lancé Anne Lauvergeon, la célèbre "guerrière" d'Areva, décontractée et souriante avec son top blanc plutôt sexy. "J'adore mettre trois heures à choisir mes boucles d'oreille le matin, j'adore me maquiller, j'adore être en retard!".

Moins de fantaisie de la part de Laurence Parisot, venue de son côté plaider pour un système d'éducation plus paritaire. Christine Ockrent, toute de rouge vêtue, qui en profite en passant pour faire la pub de son Livre Noir de la Condition des Femmes, cite en plaisantant la journaliste Françoise Giroud : "l'égalité entre l'homme et la femme sera parfaite le jour où une femme parfaitement incompétente sera placée à une poste à responsabilité".

De la légèreté, donc. Encore de la légèreté, toujours de la légèreté. Après les débats de l'après-midi, des ateliers, les "Discovery program" sont proposés aux participant(e)s. Avec, au choix, la possibilité de se faire faire un petit massage, d'apprendre à "vaincre la fatigue" avec un spécialiste de la fatigue, ou de "découvrir sa voix" avec un spécialiste de la voix.

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Mais dans les fêtes, il y a toujours quelques invités pas marrants qui restent assis au fond de la salle et râlent en baissant la sono. Ici, c'est Karen Hugues, la sous-secrétaire d'Etat américaine aux affaires publiques, la copine de Condoleeza Rice. Elle a rappelé les chiffres qui fâchent : 76 % des hommes qui ont un poste à responsabilité ont "une épouse au foyer". Dans les conseils d'administrations des grandes entreprises, on compte 1 femme pour 7 hommes.

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Et la pire rabat-joie, c'est Aïcha. Aïcha, c'est cette femme marocaine qui a monopolisé le micro lors d'une conférence pour parler de son association qui aide les femmes célibataires sans emploi dans son pays. Aïcha est venu parler à Deauville alors qu'elle est sous le coup d'une fatwa dans son pays. "Les femmes sont comme des flocons de neige : toutes seules, elles fondent mais ensembles, elles peuvent bloquer le trafic des voitures", déclarait à l'ouverture l'Américaine Laura Liswood. D'un coup, on a envie de la croire. Mais ici, pour le moment, il pleut. Et il pleut dru.

Le site du Women's Forum