S'engager sur une route obscure...

« On ne retiendrait que le fogging-truck, transformé en citerne maléfique, voire en goudronneuse distilleuse d'humeur noire, machine de mort dans laquelle serait venue se mutiler celle qui avait été élue Miss Freeway quinze ans plus tôt. » Le véhicule qui diffuse une épaisse fumée blanche anti-moustiques derrière lui vient d'être embouti par une Buick Electra 225 modèle 66. L'accident de voiture, comme d'autres, entre dans l'Histoire: les photographies en noir et blanc font apparaître une image amoindrie, floue, de la violence et du sang. L'écrivain s'empresse d'ajuster cette image imprécise: « La familiarité d'une dépouille humaine avec la carcasse des grands mammifères [...] est à la fois incontestable et écoeurante. » En fixant les racines de son réçit dans son apothéose (le 1967 du titre est l'année de l'accident), Simon Libérati révèle les deux piliers qui ont porté une vie: la vanité et l'absurde.

L'infra-Marilyn

Mais pour quelle raison y a-t-il tant de photographies de la scène? Elles se multiplient, sont mal interprétées: certains prétendent voir une tête tranchée. Pourquoi tant de reporters sur ce chemin délaissé et inquiétant? Une des victimes était une de ces filles de "l'Âge d'or" d'Hollywood, que l'on faisait toutes ressembler à Marilyn Monroe (l'un de ses surnoms était Marilyn Monroe King Sized, "Marilyn grand format"): Jayne Mansfield, « la reine du sexe la plus médiatique » ! La vanité d'une jeune femme, intelligente et belle, qui croit pouvoir maîtriser son existence d'actrice afin d'en faire « une vaste et unique performance ». une pièce de théâtre baroque où l'on voit l'actrice être expulsée d'un hôpital où son fils est soigné parce qu'elle est en plein trip, sous LSD.

Splendeurs et misères d'une strip-teaseuse

La jeune femme à la carrière adolescente (treize années dans la profession, vingt-six films au compteur) dérive d'une manière aléatoire dans la nébuleuse hollywoodienne, entre les grands noms (Rita Hayworth, Jack Warner, King Vidor...) et les patronymes marqués du sceau de l'underground (Leslie Stevens, par exemple, réalise à l'époque un film d'horreur en espéranto). Régi par d'incompréhensibles règles de bienséance, le milieu se complaît dans un absurde cruel, dont le point d'orgue restera sans doute le neuvième San Francisco Film Festival, d'où Mansfield est jetée par les organisateurs, qui jugent son tour de taille inversement proportionnel à l'amincissement de sa crédibilité filmique. En 1966, Marilyn morte depuis quatre ans, Jayne Mansfield n'est plus qu'« Une pourriture alcoolo et bourrée de médocs », autre surnom sympathique, et aussi, accessoirement, la mère de cinq enfants. Elle continue, malgré tout, à exploiter une image de pin-up, désormais absurde, qui ne fait plus fantasmer grand monde.

La Blonde et eux

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Quand Libérati lance son enquête en relevant les indices autour de la voiture accidenté, on ne se doute pas une seconde de l'immensité du réseau qu'il va mettre à jour: l'amant du moment, Sam Brody; un coiffeur latiniste; ou LaVey, ce personnage mi-bouffon mi-seigneur à l'origine de l'Eglise de Satan, soupçonné d'avoir attiré l'actrice dans les abîmes des messes noires, et une file de chihuahuas... L'écrivain dirige son récit vers l'investigation psychologique en se penchant sur les témoignages des proches de l'actrice: « L'ensemble sent le montage a posteriori » assène-t-il à propos des écrits du mage noir lui-même, LaVey. Un sens du détail et de l'exact (voir la liste des dernières accusations, neuf mois avant la fin) nécessaire, pour cette histoire à la violence camouflée sous une généreuse couche de peinture rose: ce n'est pas une biographie, c'est presque un rapport d'autopsie.

Informations pratiques:

Simon Liberati, Jayne Mansfield 1967, Grasset

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