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Lorsque vous rencontrez Sylvain Tesson, vous ne savez jamais de quel endroit il va surgir, de quelle manière, ni même à quel moment. Il peut même lui arriver de surprendre ses amis en sautant d’une fenêtre, après l'avoir escaladée.

Puis aussi facétieux que sérieux, il livre quelques-uns de ses aphorismes dont il est devenu maître, avec sa diction rapide et ses sourires complices. Parfois, il se décide à chanter quelque fantasque ritournelle composée par ses soins, à s’attarder avec chacun tout en s’enivrant joyeusement, à s’amuser comme un enfant lors de son goûter d’anniversaire. L’assemblée adore, en redemande. Tant de bons mots, tant d’énergie…le spectacle ne s’arrête jamais et la vie est une fête, légère et insouciante qu’il convient de célébrer en toute « joyeuseté ».

Mais, plus tard, la tête lui tourne, les paroles s’enfuient et il lui reste alors ce léger vertige d’un trop peu de tout, qu'il aspire à remplacer par un trop plein de rien, ou l’inverse. C’est alors que Sylvain Tesson repart. A dos d’âne, à pied ou à vélo, il lui faut parcourir le monde et chercher ses nourritures essentiellesdans d’extrêmes contrées, qu’il ne cesse d’explorer. Voyageur, amoureux de l’Asie centrale et de cette Russie infinie, il inscrit son mouvement dans un acte littéraire qui produit de magnifiques textes dont les récits sont autant ponctués d’émerveillement, de philosophie que de dérision. Les morceaux de bravoure riment toujours avec l’humour, les réflexions avec les interrogations.

Cette fois-ci Sylvain Tesson s’est lancé dans une nouvelle aventure, défi pour le moins ambitieux : l’immobilité et le silence. Il décide de partir en exil pendant six mois, de février à juillet 2010 dans un lieu isolé, au bord du lac Baïkal dans les forêts de Sibérie. Il trouve refuge dans une isba de bois à 120 km du premier village, avec pour seuls compagnons, ses livres et ses deux chiens. Ici, il va connaître le plus grand dénuement de l’immobilité, la profondeur du silence sans issue et la joie de la nature. Il goûte aux bonheurs des observations minuscules, au spectacle des mésanges ou à la beauté des lumières sur la glace. Il apprend les vertus de la méditation et l'humilité de l'attente, l'émerveillement du peu.

Ce voyage intérieur l’éclaire sur la vacuité d’une contemporanéité qui prône le bruit et le vide. Il trouve dans cet austère ermitage une plénitude qu’il n’aurait soupçonnée. « Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie, écrit-il. « Et si la liberté consistait à posséder le temps ? Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence ? » s’interroge-t-il ?

« Dans les forêts de Sibérie », est le journal d’ermitage que Sylvain Tessonécrivit pendant sa retraite. Une magnifique ode à la vie et un véritable texte sur la reconquête du soi. « L’immobilité m’a apporté ce que le voyage ne me procurait plus » écrit-il. La lecture du récit nous enveloppe de cette vibration du temps arrêté dans une langue aussi pure que le reflet du cèdre bleu sur la glace. Grâce au livre de Sylvain Tesson, Sibérie rime désormais un peu aussi avec infini.O.P.

Sylvain Tesson « Dans les forêts de Sibérie » ( Gallimard)

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