Ingrid, 35 ans est documentaliste. Cardiaque depuis ses 12 ans, on lui a transplanté en urgence le cœur d'un autre à 19 ans. L'opération l'a sauvée et l'a bouleversée. Témoignage.

Un cœur trop gros

"A douze ans, j'ai traîné pendant plusieurs semaines une grosse angine. Mon cœur, touché par le virus, est devenu beaucoup trop gros. Tout de suite, j'ai été suivie par un cardiologue formidable. Pendant plusieurs années, on a réussi à stabiliser la maladie grâce à un traitement médicamenteux. Le handicap était invisible, je faisais des malaises cardiaques légers ou graves. Je niais la situation et redoublais d'énergie pour faire la fête. Je bluffais mon monde, les profs, mes amis, ma famille. A mes yeux, c'était mon cœur qui était malade, pas moi ! Seul mon cardiologue n'était pas dupe..."

Changer le moteur

"J'ai fait une grosse rechute à 19 ans. La médication ne fonctionnait plus, j'étais très faible. Je n'ai rien dit pendant deux mois, mais cela été la dégringolade quand on m'a hospitalisée. Mon cœur prenait trop de place. Après quelques jours en service pédiatrique, j'ai été transférée en soins intensifs. Un moment très difficile...

Un soir, mon cardiologue m'a présenté toute une équipe de médecins, des chirurgiens, un anesthésiste. Il m'a regardé et m'a dit "''On va changer ton moteur''". Il m'a fallu quelques secondes pour comprendre qu'il parlait d'une greffe. Nous n'avions jamais abordé ce sujet. J'étais exténuée, mon cœur était très instable depuis trois jours. C'était même incompréhensible que je sois encore vivante ! Mais j'avais enfin de l'espoir.
Je n'ai attendu que onze jours pour être greffée. J'ai eu une chance énorme. Ce n'est pas le parcours habituel des greffés, avec une batterie d'examens médicaux et des mois d'attente... Ma convalescence s'est passée tout à fait normalement et j'ai récupéré peu à peu.

Ma vie avec un nouveau cœur

Pendant de longs mois, j'ai été complètement paumée. Mon traitement anti-rejet déformait mon corps, je ne me reconnaissais plus. Je ne voulais surtout pas être vue uniquement comme une greffée, alors que j'avais du mal à parler d'autre chose. Mais je savourais les nouvelles rencontres, les nouveaux paysages, la vie, dans une sorte d'extase spirituelle. C'était très paradoxal !

Dans ces moments difficiles, le donneur a été ma béquille. C'est mon ange gardien, je lui parle souvent. Ma famille et les soignants ont été géniaux. Si le poids de la reconnaissance peut être parfois lourd à porter, c'est aussi un moteur. Pour être dignes de tous ces gens, j'essaie d'être la plus honnête possible, d'être quelqu'un de bien pour que ce que l'on a fait pour moi ait du sens.

Vivre avec un nouveau cœur

Mariée, 2 enfants, un job, une vie...

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Aujourd'hui, je suis mariée avec un homme qui me connaît depuis mes 15 ans. Nous avons deux adorables petites filles. J'ai été très bien suivie à chaque grossesse. J'ai rencontré mon obstétricien avant même d'être enceinte, notamment parce que les traitements anti-rejets sont officiellement incompatibles avec l'attente d'un enfant. Lors de mes deux accouchements, tout était prévu pour qu'une équipe médicale chevronnée intervienne à la moindre défaillance. Je commence à penser au troisième enfant...

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J'ai une vie professionnelle assez chargée. Dans mon travail, mes contacts ont parfois du mal à croire que j'ai été greffée ! Une greffe ne se voit pas. Mais c'est tellement important... Au cours de sa vie, on a plus de chances d'avoir besoin d'un don que d'être donneur. Mais chacun d'entre nous doit réfléchir au don d'organes. A froid, et dire immédiatement à ses proches sa position. Tout simplement. C'est un immense service que l'on rend à sa famille."

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