C'était le 15 février 2005. Un an près la mise en œuvre de la première réforme de la Moudouwana (Code de la Famille) du Roi Mohamed VI, le ministre marocain de la Justice, Mohamed Bouzoubaâ avait dressé un ''"bilan positif, qui incite à l'optimisme."''
La simplification des procédures du mariage - les marocains peuvent formuler leur demande oralement - a engendré une croissance significative des unions : 10 % en 2004 et presque autant l'an passé. De même, l'administration royale a mis en exergue une baisse des divorces, particulièrement des procédures moyennant compensations financières (le khol'â), qui profitent aux divorces par consentement mutuel (Chiqaq). On note une régression de la polygamie : -10 %.
Les objectifs initiaux semblent atteints. Ce nouveau Code s'était fixé de consolider les ''"fondements de la famille marocaine, attachée à ses valeurs et à son authenticité et ouverte à son époque."''
Intellectuels, associations, juges, avocats, médias s'accordent à dire que ce changement de cap constitue un progrès décisif. La mise en place du principe d'égalité des hommes et des femmes est un nouveau pas vers la modernité.

Un bilan plus mitigé pour les associations

Mais, si on lit entre les lignes, ce bilan est plus ambivalent. ''"Il y a eu beaucoup de progrès, mais le Maroc n'a pas encore établi de plan d'action national qui trace les lignes générales sur la question de la femme. Des actions sont entreprises, mais elles sont insuffisantes. Les femmes méconnaissent encore leurs droits"'', s'exclame Rabéa Naciri, présidente de l'ADFM Rabat.

Militante de la première heure et ancienne détenue politique, Fatna Bouih est l'une des fondatrices de l'Association marocaine de lutte contre la violence des femmes, qui a ouvert le centre d'écoute, l'Ermitage. Elle dresse un bilan sans complaisance de la réforme, tout en mettant en lumière l'immense espoir qu'elle a suscité auprès des associations et des femmes. ''"Certes le droit au divorce a été simplifié, mais la violence conjugale demeure un fléau : 70 % des cas de séparation que nous enregistrons sont provoqués par la maltraitance des maris"'', condamne-t-elle. ''"Pire, entre le moment, où l'épouse a déposé sa demande de divorce et son traitement, elles sont le plus souvent expulsées par la famille. L'article 53 les protège, leur donnant la possibilité de rentrer dans leur foyer sous la protection des forces de l'ordre. Mais quels moyens et quel pouvoir donne-t-on à la police ? Comment obtenir un engagement du mari afin qu'il respecte les textes ?"''

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Sur le plan de la sensibilisation, Fatna Bouih regrette que le Royaume ait botté en touche. ''"Les 48 centres d'écoutes semblables au notre se sentent seuls. Avec les tribunaux, nous avons un plan d'action, mais il est lent à se mettre en place."'' Les conséquences de cette mise en route tardive et de l'encombrement des tribunaux ''"ouvre la porte à tous les abus. Tant que nous n'aurons pas résolu les problèmes budgétaires et matériels, les effets tarderont à se faire sentir. Mais, je me nourris de l'espoir. Je vois que les choses évoluent. Rien ne nous fera faire marche arrière. Je ferme les yeux devant les opposants, les radicaux... "''

A lire : "Majesté, je dois beaucoup à votre père, France-Maroc : une affaire de famille", de Jean-Pierre Tuquoi, journaliste au Monde, chez Albin Michel, 17,50 euros

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