Salima Naji, la mémoire des hommes et des pierres...

Pour vous, anthropologie et architecture sont liées ?
Complètement. Je suis en effet les préceptes du grand architecte égyptien Hassan Fathy : pour construire, on ne peut se désintéresser de la société pour laquelle on œuvre. Un exemple que l'on retrouve dans les casbahs du sud du Maroc : la tamesryt, une pièce de réception réservée aux invités, qui est la plus belle et la plus ornée de toutes. L'effort décoratif trouve ici sa source à la fois dans la volonté de prestige des propriétaires et dans la croyance en l'aïn, ou "mauvais œil". Ainsi, les fibules, rosaces ou cercles concentriques ne sont pas seulement des ornements, ils ont aussi un rôle de protection censé attraper le "mal" et le repousser hors du foyer.

Vous vous êtes beaucoup intéressée aux architectures de l'Atlas : ksar, casbah, grenier-citadelle. De quoi s'agit-il ?
Le ksar est un village fortifié des vallées présahariennes, comme celle du Drâa, du Tafilalet ou du Dadès. Il s'agit d'un ensemble d'habitations, regroupées dans une même enceinte autour d'une mosquée. La casbah, elle, est souvent l'œuvre d'un seigneur local qui s'est extrait du ksar pour ériger une forteresse et conforter son statut. Certaines sont de véritables palais. Quant aux greniers citadelles, si certains, en pisé, peuvent ressembler extérieurement à des casbahs, il en existe une très grande diversité. Mais, aujourd'hui, ces architectures vernaculaires ont perdu leur fonction défensive, et la modernisation du milieu rural a bouleversé les modes de vie. D'ailleurs, toutes ces mutations auraient pu les faire disparaître définitivement si, depuis peu, des actions n'étaient engagées pour leur sauvegarde.

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Une restauration fidèle...

Vous venez d'entamer la réhabilitation du ksar d'Assa. Pouvez-vous nous en parler ? Ce ksar est exceptionnel à plus d'un titre : il est plus grand que la moyenne, puisqu'il s'étend sur 7 hectares, et il est accroché à un promontoire, quand d'autres sont construits sur terrains plats. Qui plus est, il offre une formidable diversité architecturale : des abords de la palmeraie au sommet du rocher, les demeures en terre crue laissent place aux constructions en galets maçonnés, puis, progressivement, aux bâtiments en schistes, pierres taillées et lauzes.

D'ailleurs, lorsque monsieur Hajji, le directeur de l'Agence du Sud, m'a chargée de ce projet, j'ai dû commencer par un long travail d'inventaire, photographiant chaque détail pour faire une restauration fidèle aux matériaux d'origine, parmi lesquels le palmier. C'est en effet le bois utilisé à Assa pour les portes et les charpentes. Quant aux murs des maisons, ce sont les femmes qui, à chaque printemps, les enduisent d'un kaolin local, d'une finesse et d'une luminosité exceptionnelles. J'ai tellement apprécié ce matériau que je l'ai adopté pour des constructions contemporaines...

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Comment réagissent les habitants d'Assa ? Depuis le début, nous travaillons avec eux. Ils se réunissent, soit sous la forme traditionnelle d'un conseil des anciens, soit selon un collectif d'associations dans une démarche participative. Nous avons un travail de conseil et de soutien auprès des nombreux porteurs de projets tels que des gîtes, des coopératives ou encore des espaces culturels. Nous espérons d'ailleurs inaugurer en ce début d'année deux nouveaux musées locaux créés à l'initiative des habitants d'Assa : le musée du Palmier porté par Aydda Laasaoui, et le Musée historique conçu par la famille Ihchach.
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A lire : Greniers collectifs de l'Atlas - Patrimoines du Sud marocain, décembre 2006 Edisud La Croisée des Chemins (Casablanca), 54 euros

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