Sur la plage de Santa Giulia, je pensais. Et comme chaque été, pendant ce break ponctué de siestes, de pastis et de mots croisés, la "ménagère de plus de cinquante ans, qui ne rentre plus dans le panel des publicistes" et qui sommeille en moi, reprenait le dessus. Pourquoi ? Pour prendre de bonnes résolutions, pardi !

Jalouse des intérieurs impeccables, où le miroton n'est jamais brûlé, où le linge fleure bon la lavande, où la poussière est interdite de séjour, je pris la résolution n° 1 : avoir une maison parfaite, même au prix de bagarres pour que disparaissent, de la table du salon, bouteilles de Coca et sachets de bonbons vides, de la salle de bain, tubes et flacons privés de bouchons et renversés, et de la cuisine, paquets de gâteaux éventrés, assiettes sales.

J'aurai désormais le plumeau implacable et je serai directive avec Manuela qui devra astiquer et aspirer au lieu de raconter les amours torrides de sa sœur cadette.

Envieuse des silhouettes de rêve des mannequins qui peuplent les couvertures des magazines, je pris la résolution n° 2 : m'occuper de mon corps.
A moi les allégés, les anti-radicaux libres, la gym, le stepper et autres outils indispensables à la forme et aux formes. Je boirai deux litres d'eau par jour, éviterai cassoulets au confit et autres délices caloriques pour me gaver de kiwis et de tomates, si riches en vitamine C.

Inquiète de la montée du harcèlement moral, chagrine parce que mon patron n'a pas eu l'air d'apprécier que je lui annonce que j'éteignais mon portable pendant les vacances, je pris la résolution n° 3 : être zen. Je ne stresserai plus lorsque je rendrai un dossier en retard, je saurai refuser les dossiers dont personne ne veut la veille d'un week-end.

Je veux du respect !

Enfin décidée à me faire respecter par la société entière, je pris la résolution n° 4 : dorénavant, je saurai dire "non".

Non à la vendeuse qui s'obstine à me refiler un jean avec des guépards cloutés sur les poches arrière alors que je réclame un Levi's des plus classiques. Non à ma fille qui veut "m'emprunter" mon "J'adore" de Dior que je ne reverrai jamais. Non à mon mari qui m'assure qu'il peut repeindre la cuisine lui-même pour faire des économies, alors que je sais pertinemment que le chantier va durer six mois. Non à ma meilleure amie qui me suggère d'organiser un réveillon avec elle alors qu'étant surbookée tout le temps, elle arrivera tout juste à minuit moins dix. Non à ... tout ce et ceux qui me privent d'oxygène.

C'est ainsi que le lundi 29 août à 9 heures, j'abordais la rentrée, bronzée, sereine et déterminée. Et puis...

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Et puis à 18 heures, j'apprenais pour commencer que Manuela courait après sa sœur enlevée par un bel Andalou ; je poussais du pied dans mon salon deux valises renversées par ma fille de retour de New York ; j'avais fêté le retour des vacances à coup de profiteroles avec ma collègue Martine ; et mon patron m'avait confié un dossier difficile "dont moi seule pourrait venir à bout".

Les circonstances étant contre moi, je me suis accordé le mois pour reprendre les choses en main. Qui a dit "ce sera pour l'année prochaine ?"

On en parle sur les forums !

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