FemmesPlus : Comment est né le collectif "Les putes" ?
Maîtresse Nikita : Tout a commencé à la Conférence Européenne du Travail Sexuel des Droits de l'Homme et de l'Immigration à Bruxelles en octobre 2004. On s'est rendu compte que la France en était presque au même stade que la Moldavie et la Russie au niveau du respect des droits de l'homme, avec un vrai retour à l'ordre moral depuis les années 90. Le collectif "les putes" a pris forme en mars 2006. Nous sommes un noyau dur d'une dizaine d'activistes, toutes "travailleusEs du sexe". Chaque semaine, nous nous réunissons pour discuter des actions à mener, en profitant du succès des Pute Prides. Les journalistes et les sociologues passent leur temps à parler à notre place. On veut cette parole et on ne veut surtout pas être abolies comme le demandent les féministes !

"Putes"... ce ne n'est pas un peu péjoratif ?
Justement, nous avons voulu nous réapproprier cette insulte, la plus sexiste et péjorative qui soit, pour en faire une fierté. C'est le seul moyen de lutter contre la putophobie et les discriminations dont nous sommes victimes.

Quelles sont vos principales revendications ?
Il faut sortir de la victimisation et montrer que l'on peut aussi choisir ce métier, même s'il est important de réorienter les travailleuses du sexe qui ne l'ont pas voulu.
Il faut sortir des amalgames : prostitution/esclavage/proxénétisme... Nous souhaitons avoir un vrai statut de travailleur indépendant, comme cela existe en Suisse et avec des droits et une retraite, que la police nous protège. Que les droits de l'Homme soient appliqués.

La désobéissance civile

Qu'est ce que la loi sur la sécurité intérieure du 18 mars 2003 a changé dans l'exercice de votre métier ? Cette loi pénalise le "racolage passif" avec des peines pouvant aller jusqu'à deux mois de prison, 3750 euros d'amende et l'expulsion du territoire pour les travailleuSEs étrangères. Or, le "racolage passif" n'est pas clairement défini, c'est à la police d'apprécier. Cette loi a eu l'effet inverse : la prostitution est devenue invisible, marginale. Les réseaux de traite s'organisent en appartements. La preuve, il n'y a eu en 2005 aucune arrestation de proxénète... Et cela, sans compter les menaces, les agressions policières, le racket. Nous demandons l'abrogation de cette loi.

De quels moyens d'action disposez-vous ? Nos méthodes sont basées sur celles de la désobéissance civile. L'humour est très important. En mars 2006, nous avons "racolé activement" les voitures et les passants devant l'hôtel Matignon. On demandait la démission du ministre de l'intérieur [Nicolas Sarkozy], héraut de la loi sur le racolage passif. Notre mot d'ordre : "''On est putes, on est fièrEs. Sarkozy, c'est la guerre !''"

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Votre programme n'est-il pas un peu trop ambitieux ? Il a fallu attendre 30 ans pour que l'homophobie soit reconnue légalement et qu'une loi la sanctionne. Pourquoi la putophobie ne suivrait pas le même chemin ? Le combat progresse et nous devons rester visibles !

Le site Internet du collectif Les PutesEn parler sur les forums !

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