Pauline Bebe nous reçoit à la Maison du Judaïsme Libéral, dans le 11ème arrondissement de Paris. Le centre Maayan ("la source" en hébreux) a ouvert ses portes au public en mai 2006. "''C'est une synagogue, mais aussi un lieu culturel ouvert à tous avec des activités aussi variées que le théâtre, le bridge ou le tango''". Elle veille sur une communauté en constante expansion, aujourd'hui composée de 300 familles.

Titulaire d'une licence d'anglais et d'un DEA d'hébreux à l'Inalco, Pauline Bebe a étudié au collège rabbinique de Londres. "''Il n'existe pas en France de collège libéral où se former''", indique-t-elle. Pauline ne se reconnaît pas dans la branche orthodoxe du judaïsme. "''Je suis attachée à un judaïsme issu de la philosophie des Lumières, à une religion qui évolue en fonction des époques et des milieux sociaux''".

Pauline Bebe a 25 ans lorsqu'elle devient rabbin en 1990, elle était jeune et... femme. "''Ils ont bien été obligés de m'accepter !''", lâche-t-elle, le sourire en coin. "''Ils''" : les rabbins hommes bien sûr ! "''Cela a déclenché les passions'', raconte-t-elle. ''Des fidèles se montraient très enthousiastes et me faisaient confiance, mais d'autres au contraire étaient violemment opposés au fait d'avoir un rabbin femme.''"
Ces réactions hostiles se manifesteront par des violences verbales (beaucoup) et des violences physiques (parfois).
Pauline a tenu bon : "''C'est toujours très difficile pour une femme d'être la première à exercer tel ou tel métier. J'ai du travailler deux fois plus que les autres pour que l'on m'accepte''", confie-t-elle, philosophe, "''On me demande toujours ce que je peux apporter en plus, mais je crois que peu importe le sexe. C'est la personnalité et les qualités d'écoute du rabbin qui comptent''". Elle ne souhaite pas faire de différence entre sa pratique rabbinique et celle d'autres rabbins libéraux.

Etre à l'écoute

La religion juive ne fait pas de distinction entre le religieux et le laïc. Pauline Bebe, qui reçoit les confidences de beaucoup de membres de sa communauté, est amenée à aborder toutes sortes de sujets. "''Nous ne parlons pas seulement de religion ! Je vois énormément de gens qui veulent simplement me parler de problèmes humains : le couple, les enfants, le travail, la société... ''" Elle reçoit sur rendez-vous, mais discute aussi de manière informelle à la fin des offices par exemple. "''Le but est d'aider les gens à donner un sens à leur vie'', explique Pauline. ''Le rabbin a pour mission de véhiculer les trésors du judaïsme, mais c'est aussi quelqu'un qui accompagne les gens tout au long de leur vie''". Pauline Bebe est par ailleurs mère de quatre enfants, âgés de 3 à 11 ans. "''Cela n'est pas toujours évident d'être présente partout, mais pour l'instant, mes enfants ne s'en plaignent pas''", dit-elle en riant.

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Il y a des barrières métalliques plantées tout le long du trottoir... L'antisémitisme n'est pas un mythe chez nous : "''Les agressions verbales et physiques sont légions et les juifs ont intégré le risque,'' admet Pauline. ''Je connais même d'anciens déportés qui ont peur que leurs enfants ou petits-enfants fréquentent des lieux juifs !''" Pauline Bebe salue au passage le travail des pouvoirs publics dans leur lutte contre la xénophobie. Pour elle, ils font leur maximum. Le problème vient plutôt d'Internet, de la télévision... En cette époque troublée, Pauline Bebe esquisse des pistes pour vivre en harmonie. "''Les religions doivent arrêter de faire de la politique'', estime-t-elle. ''Elles doivent aussi arrêter de croire qu'elles détiennent chacune LA vérité. Enfin, et c'est capital, nous devons lutter de toutes nos forces contre le fondamentalisme''".

Pauline ou la voie de la sagesse.

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En savoir plus...

"Dictionnaire des femmes et du judaïsme", de Pauline Bebe, aux éditions Calmann-Lévy, 21,45 euros

Maison du Judaïsme Libéral, 10-14 rue Mouffle, Paris 11èmeRenseignements : 01 55 28 83 84

Le site de la Communauté juive libérale d'Ile-de-FranceCe sujet vous intéresse ? Parlez-en sur les forums !