Lucille Reyboz est avant tout une photographe en quête d'expériences humaines. Elle partage sa vie d'artiste entre Paris, New York et Tokyo, mais aussi en Afrique... D'ailleurs, un chef de village togolais lui a offert une maison en pays Tamberma, entre le Togo et le Bénin. Rencontre...

Son appartement parisien est à son image : un peu en pagaille et tellement plaisant ! Sur les murs, des grandes photos en format carré du Togo et du Japon, son autre terre de prédilection. Des clichés dédicacés du photographe malien Malick Sidibé côtoient des masques africains.
Au sol, il y a les revues dans lesquelles Lucille Reyboz, 33 ans, a publié des reportages : Elle, Air France Magazine, etc. On entend du jazz... Ado, elle était saxo dans un big band. Entretien passionné entre deux coups de fil avec une jeune femme qui vit à 100 à l'heure... Lucille Reyboz.

Femmes Plus : Où a commencé votre aventure africaine ?
Lucille Reyboz : Au Mali à 18 ans. J'ai croisé la route de Salif Keita, le chanteur malien. Je l'avais abordé lors d'un concert à Montreuil et j'avais son numéro de téléphone... J'ai réalisé la pochette de son album "Papa" et, du coup, j'ai commencé à travailler pour le label Blue Note. Le rêve ! Plus tard, j'ai rejoint le label Verve pour les pochettes de Lokua Kanza et Bobby McFerrin. Jusqu'en 2000, je n'ai quasiment fait que du portrait.

Comment êtes-vous passée du portrait au reportage ?
Le déclic a lieu en 2000 au Togo. J'ai découvert les maisons "Tata", des maisons en terre du pays Tamberma entre le Togo et le Bénin, à environ 450 km de Lomé. Le coup de foudre ! Rentrée en France, je ne pensais qu'à y retourner. Sygma m'a sponsorisée pendant un an. Ces photos seront publiées dans de nombreux magazines français et étrangers. Mon travail a contribué aussi à faire classer cette région au patrimoine mondial de l'Unesco.

Passion Afrique !

Et ensuite ? A la fin de mon reportage, le chef du village m'annonce qu'il est certain que j'étais la réincarnation de son père ! Du coup, il m'a construit une maison dans le village et j'y séjourne plusieurs fois par an. J'adore cet endroit, ce mode de vie originel où la tradition et les croyances sont encore très fortes.

Vous êtes aussi très attachée à la culture japonaise ? Je vais régulièrement au Japon depuis 6 ans. La première fois, c'était pour accompagner un opéra de Ryuichi Sakamoto, en 1999. Grâce au prix "Jeune photographe" de la Fondation Hachette, j'ai commencé en 2001 un travail sur l'homme et la nature. J'ai réalisé tout un travail sur les baigneuses dans les sources d'eau chaudes. Un livre, intitulé "La source" a été édité par La Martinière.

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Est-il difficile d'être une femme photographe ? Moi, je n'ai jamais eu peur de voyager seule. Au contraire, je dirais même que c'est essentiel. Cette "mise en danger" permet d'avoir plus facilement accès au fond des choses. Et puis lorsqu'on est seul, les gens vous ouvrent plus facilement leur porte !

Plus d'infos !

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Le très beau site Internet de Lucille''Batammaba, Bâtisseurs d'univers'', éditions Gallimard, 2004. Le pays Tamberma et ses habitants.''La source'', livre de photo sur les femmes japonaises au bain,éditions La Martinière. Et sur FemmesPlus, tous nos sujets Modes d'emploi !