Nous sommes exactement le 8 février 2006, dans les salons d'un grand hôtel d'Istanbul. C'est là que se tient la conférence de presse annuelle du mouvement de défense des droits des femmes. Au milieu des journalistes, Pinar est là, naturelle, radieuse dans son costume vert moiré. Sa jeune sœur, Ipek, est à la tribune. Car chez les Ilkkaracan, les affaires de femmes sont une question de famille. ''"J'ai grandi comme toutes les filles de la classe moyenne turque. Mes parents m'ont encouragé à voyager, à apprendre des langues étrangères, mais lorsqu'il s'agissait de sexualité, ils étaient extrêmement stricts"'', se souvient Pinar.

Il est vrai qu'aujourd'hui, le sexe reste encore tabou Turquie. ''"C'est un sujet dont on évite par exemple de parler avec ses enfants. Mais si dans les grandes villes, la société devient de plus en plus permissive, le véritable problème se situe plutôt dans les campagnes"'', explique la sociologue Hulya Tanriover.
En effet, d'après un rapport publié en 2004 par Amnesty International, entre un tiers et la moitié des femmes turques seraient victimes de violences physiques au sein de leur famille. Battues violées et même dans certains cas, contraintes au suicide. Une tendance que l'on retrouve essentiellement dans l'Est anatolien, où les crimes d'honneur sont légion. Pinar estime même que dans cette région, plus de 60 % des mariages sont des unions arrangées et que les jeunes filles ne sont même pas consultées.

L'une des missions premières de l'association consiste donc à faire prendre conscience aux femmes de l'oppression dont elles sont victimes. ''"A partir de là, c'est comme une révélation pour elles, explique Pinar. Elles découvrent qu'il est possible de mettre fin à l'injustice."''

Instaurer liberté et vigilance

Après avoir amassé bon nombre de succès médiatiques ces dernières années, notamment sur la réforme du code pénal, les femmes du mouvement ont décidé de poursuivre cette année encore leur travail de sensibilisation. Sillonnant tout le pays, elles organisent des réunions d'information pour faire connaître aux femmes leurs droits. ''"Car si la loi turque consacre désormais l'égalité des hommes et des femmes au sein du couple, beaucoup de femmes l'ignorent encore, ou ne savent pas comment faire appliquer cette loi dans leur foyer"'', confie Evren, jeune militante de 24 ans qui vient de rejoindre le mouvement.

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Aujourd'hui, Pinar et ses camarades de lutte restent vigilantes. L'arrivée au pouvoir en 2002 du parti de la justice et du développement, un parti "islamiste modéré", a jeté un froid. Le premier ministre Recep Tayip Erdoðan ne les a-t-il pas qualifié de "groupe de femmes marginales qui ne peuvent pas être les représentantes de la pudeur de la femme turque" ? Des propos qui n'ont pas découragé nos féministes, bien au contraire. Le projet d'amendement d'Erdoðan qui visait à criminaliser l'adultère a été battu en brèche.Un combat qui leur a même valu le soutien de la communauté internationale.Nous, on dit bravo !

Le site de l'association, en anglaisCe sujet vous intéresse ? Parlez en sur les forums !

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