Avortement et plus si affinités...
Le docteur Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé (1916-1994) a déposé le 8 mars 1956 les statuts de la "Maternité heureuse". Cette association devient le Mouvement français pour le Planning familial quatre ans plus tard. Il accueille, écoute et informe les femmes pour éviter les drames des avortements clandestins.

L'avortement est légalisé en France depuis la loi dite "Weil" depuis le 15 janvier 1975, mais on compte encore quelques 200 000 IVG chaque année. Bon nombre des femmes enceintes désireuses d'interrompre leurs grossesses passent donc par les centres de Planning familial, faute d'une prise en charge efficace par le milieu médical et hospitalier. Mais la vocation du Planning aujourd'hui est autre encore...

"Quand on pose la question de la violence, on est surpris de la simplicité de la réponse: oui", indique Marie-Claude Zalamansky, 70 ans, médecin généraliste, bénévole au Planning familial de la rue Vivienne à Paris. Aujourd'hui, une quarantaine de conseillères accueillent les 15 000 personnes qui fréquentent chaque année gratuitement ce centre en plein cœur de Paris.

C'est pour "faire de la parole de ces femmes des revendications" que Nathalie Marinier, 47 ans, mère de famille, s'est également engagée au Planning.

Education sexuelle et violences

L'éducation sexuelle reste la priorité du Planning aussi bien dans les établissements scolaires que dans ses centres d'accueil. Rue Vivienne, Marie-Claude anime tous les mercredis après-midi des groupes de huit à dix jeunes. Après le temps de présentation générale, variable en fonction des questions, elle reçoit chacun(e) en consultation médicale.

Les conseillères, elles, informent sur les droits, rétablissent les vérités sur les contraceptifs, aident aux démarches lors d'une grossesse non désirée et dépistent les situations délicates et à risques : pédophilie, mariages forcés, violences ou mutilations sexuelles. "Les jeunes filles d'aujourd'hui parlent, réagissent et disent stop bien plus tôt que leurs mères ou leur grand-mères", indique Nathalie.

A l'instar de ses aînées, Nathalie monte vite au créneau. Son but ? "Rendre les jeunes filles autonomes. Plus, elles choisiront leur propre contraception en connaissance de cause, plus de conscience, plus de sérieux." Avec Marie-Claude, elle s'investit surtout dans la lutte contre les violences. "Certaines choisissent de subir un an de viols lors d'un mariage forcé avant de pouvoir divorcer. Alors si elles se retrouvent enceinte, toute leur stratégie tombe. Et cela se passe ici, à Paris !", s'exclame-t-elle. Alors, certes elle critique l'application aléatoire et inéquitable de la loi, le prix des nouveaux moyens de contraception, patch et anneau vaginal, pourtant adaptés face aux oublis de pilules, et la rareté des campagnes d'informations publiques.

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Elle s'inquiète également du retour des intégrismes et des individualismes qui marquent un recul face aux acquis collectif. Mais en équipe, elle continue, à l'extérieur, au centre et au numéro vert "Ecoute, sexualité, contraception" à "écouter la parole des femmes pour entendre ce qui n'est pas dit".
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