"''La jeunesse manque d'ambition !''"
Au printemps 2006, les étudiants manifestent contre le CPE et les candidats à la présidentielle fustigent la culture de l'assistanat. "''A les entendre,'' se rappelle Elsa Fayner, 30 ans, journaliste spécialisée dans les questions de société, ''la jeunesse manquait d'ambition et de goût du risque. J'ai eu envie de voir de plus près ce système social censé être décourageant.''" Pendant trois mois, début 2007, elle a donc mené l'enquête et s'est fondue dans le quotidien des travailleurs précaires. Celles et ceux qui naviguent entre CDD, intérim, SMIC et temps partiel. Une expérience qu'elle raconte dans ''Et pourtant je me suis levée tôt''. Un titre qui n'est pas sans rappeler un bon mot de notre président...

Etre au plus près des précaires
En janvier 2007, elle part donc pour Lille, soumet son CV à un petit lifting - elle gomme ses diplômes de journalisme et de sciences politiques pour ne garder que sa licence de philo, peu séduisante pour les recruteurs - et enchaîne les petits boulots.
Après un passage sur une plateforme de télé-vente, elle devient vendeuse de hot-dogs à la cafétéria d'une grande enseigne de meubles, puis employée d'étage dans un hôtel 4 étoiles lillois. Pas question pour elle de se mettre dans la peau d'un "''précaire''". Mais elle veut être au plus près pour décrire au mieux.

Immersion totale
Pendant trois mois, en immersion totale, elle vit dans un foyer de jeunes travailleurs. Chaque soir, elle prend des notes pour son livre...
Tout au long de son enquête, Elsa déroule le quotidien difficile du travailleur précaire.
Les managers usant de méthodes consternantes, entre pression constante et infantilisation, primes en pots de confiture et pauses interdites, sur la plateforme téléphonique. "''Dans le télé-marketing, la fatigue des employés est physique et morale. Impossible d'y rester très longtemps.''"
Les couloirs feutrés du quatre étoiles ne sont guère plus accueillants. "''A l'hôtel, la "perle" est l'employée qui accepte de travailler tous les dimanches.''"

Payés à la semaine

Le Smic horaire pour rémunération Elle teste aussi les grandes enseignes, où le droit du travail est suivi à la lettre. "''Plus respectés, les employés sont plus motivés, c'est certain''", constate la journaliste. "''Mais le temps de transport reste irréductible, on doit prendre deux heures de son temps pour aller travailler deux heures. Avec ces temps partiels, impossible de cumuler avec un autre emploi. Certains gagnent à peine 700 € par mois.''" "''En commençant mon enquête,'' explique Elsa, ''ma référence, c'était le SMIC mensuel brut. Soit 1254, 28 € (il est actuellement à 1280, 09 €). Mais en réalité, tous ces travailleurs précaires se basent sur le SMIC horaire. Le CDI au SMIC n'est plus une base, mais un objectif à atteindre. A 50 ans, certains travailleurs sont prêts à tout accepter pour garder leur emploi : des horaires pénibles, des heures supplémentaires non rémunérées.''"

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Travailler mieux pour vivre mieux Une situation délicate, notamment pour les mères célibataires qui doivent en plus faire garder leurs enfants. "''Et pourtant, les rêves de mes collègues ne semblaient pas inaccessibles : faire des ménages, garder des enfants, être caissières.''" "''Au final, j'ai eu l'impression qu'on pouvait trouver du travail. Mais uniquement des missions courtes, payées à la semaine, usantes.''" Et de conclure qu'au lieu de travailler plus pour gagner plus, mieux vaudrait "''travailler mieux pour vivre mieux.''" Une philosophie valable pour nous tous.
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"''Et pourtant je me suis levée tôt''", Elsa Fayner, éd. PanamaLe site des éditions PanamaElsa et Lambda, son collectif de journalistes