D'abord un rêve
"Ouh la la, quand et comment a commencé mon histoire avec l'Afrique ?". Agnès Veillard éclate de rire à l'autre bout du fil. A l'autre bout du monde : à Zanzibar. Une petite île qui flotte dans l'Océan Indien, à quarante kilomètres des côtes de la Tanzanie dont elle dépend aujourd'hui.

"L'Afrique, cela remonte à très loin et cela a d'abord été un rêve.
J'avais douze ans et je rêvais d'y rencontrer le lion de Kessel. Je rêvais de voir le Kilimandjaro et les Masaïs. Je rêvais de vivre là bas. C'était aussi l'époque des religieuses missionnaires. Il y en avait qui passaient chez nous avec plein d'histoires et de babioles. Là, je rêvais d'être bonne sœur ou infirmière. Et puis j'ai enfoui tout ça."
Agnès raconte ensuite la vie qui va vite. Elle a quitté très tôt le foyer familial pour vivre de petits boulots. Elle est devenue sténo : "L'Afrique, je ne pensais même plus que j'y avais rêvé".

Et puis, comme souvent, Agnès s'est mariée et a eu un fils. Nous voici en 1980. Elle devient mère au foyer.
En 1984, son mari, ingénieur-agronome, obtient un poste en Tunisie. "J'étais ravie. Et voilà comment j'ai découvert l'Afrique. Tout en douceur avec la Tunisie pendant quatre ans." A la fin de son contrat, son mari s'apprête à refuser un poste à Moshi. "Sur les pentes du Kilimandjaro...", se souvient Agnès. "Ce n'est que sous ma pression qu'il a finalement accepté. Il dit maintenant que la Tanzanie lui a pris sa femme..."

J'ai pris une grande claque

Là, Agnès affirme "avoir pris une grande claque". "J'étais une femme de coopérant, je roulais en 4X4. Nous avions de l'argent, mon fils était à l'école internationale et l'homologue de mon mari mettait des sous de côté, depuis quatre ans, pour acheter un matelas". Agnès se sent étranglée, écartée, dans l'incapacité de communiquer avec les gens du pays... "J'ai été captivée par ce pays bizarre, sans culture apparente, mais tellement attachant. Et puis, cette langue si étonnante". Mais au moment où elle s'apprête à apprendre le Kiswahili, il faut rentrer en France. "Quand j'ai dit que je reviendrais, et toute seule, mon mari a rit !"

Le couple enchaîne ensuite au Bénin, à Cotonou. "C'est là que j'ai décidé de passer mon bac. J'ai eu mon Eseu en 1993 et c'est là aussi que j'ai quitté mon mari pour suivre une formation à l'Inalco à Paris." Agnès vit alors une vie d'étudiante, chambre de bonne et privations. "Et, en cours, la difficulté de s'y remettre après tant d'années, la différence d'âge et la cohabitation avec des biens plus diplômés que moi..."

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Son objectif était toujours de parler le Swahili pour retourner en Tanzanie : "La clé était cette langue." Coup de chance, la dernière semaine de cours, le chef du département déboule en classe pour annoncer que le gouvernement Tanzanien cherche un professeur de français pour un Institut à Zanzibar, pour vingt mille shillings tanzanien, un logement et des cours gratuits de Kiswahili... Agnès arrive à Zanzibar en septembre 1996. "Ma connaissance du Kiswahili a payé ! J'étais employée par le gouvernement révolutionnaire. J'ai dû tout mettre en place et mes élèves ont récolté des scolioses à être à quatre sur un seul livre..."
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