Audace et originalité de pensée
Le 21 mai, le Prix "Simone Beauvoir pour la liberté des femmes 2008" a été remis à Taslima Nasreen, et Ayann Hirsi Ali, "pour l'audace et l'originalité de pensée dont témoignent leur oeuvre et leur action dans le combat pour la liberté de conscience et d'action".
Taslima Nasreen, Bengladi, est gynécologue et écrivain. Elle a vécu en exil en Europe, aux Etats-Unis puis en Inde car menacée de mort par des islamistes au Bangladesh en 1994. Elle vivait à Calcutta depuis 2004, jusqu'à en être chassée en novembre dernier à la suite d'une violente manifestation islamiste contre sa présence.
Ayaan Hirsi Ali, néerlandaise d'origine éthiopienne, est député. Elle est engagée en faveur d'une interaction effective entre les femmes issues de l'immigration, en particulier musulmane, et la société européenne.

Un texte déchirant de Taslima Nasreen
Ce prix, créé à l'occasion du Centenaire de la naissance de Simone de Beauvoir récompense l'œuvre et l'action exceptionnelles de femmes et d'hommes qui, dans l'esprit de Simone de Beauvoir, contribuent à promouvoir la liberté des femmes dans le monde...
Suite à cette récompense, Le Monde a diffusé un texte de Taslima Nasreen particulièrement émouvant. Un texte diffusé sur son site et adressé à Antoinette Fouque en décembre dernier depuis son lieu de confinement. Le Monde l'a également édité le 11 janvier dernier. Extraits.

"Où suis-je ?"
"Où suis-je ? Je suis sûre que personne ne me croira si je dis que je n'ai pas de réponse à cette question qui paraît simple, mais la vérité est que je n'en ai pas. Je suis comme les morts-vivants : engourdie, privée des plaisirs de l'existence et de l'expérience, dans l'incapacité de sortir des limites étouffantes de ma chambre. Oui, c'est ainsi que je survis. Ce cauchemar n'a pas commencé lorsque j'ai été embarquée sans ménagement de Calcutta - il dure depuis un moment déjà. C'est une sorte de mort lente et lancinante, comme si je buvais à petites gorgées une coupe remplie d'un poison à effet lent qui détruit peu à peu toutes mes facultés. C'est une conspiration en vue d'assassiner mon être même, autrefois si courageux, si dynamique et si enjoué. Je ne suis plus qu'une voix désincarnée. Ceux qui me soutenaient par le passé ont disparu dans les ténèbres". .../...

Passer ma vie cachée..." "Je me demande : quel crime odieux ai-je commis ? Quel genre de vie est-ce quand je ne peux ni sortir de chez moi ni connaître les joies de la compagnie des autres êtres humains ? Quel crime ai-je donc commis pour être obligée de passer ma vie cachée, reléguée dans l'obscurité ? Je me sers des mots, et non pas de la violence, pour exprimer mes idées. Jamais je n'ai jeté de pierres ni n'ai versé le sang pour faire part de mon avis. Pourtant, on me considère comme une criminelle. Je suis persécutée parce que l'on a estimé que le droit des autres à donner leur opinion était plus légitime que le mien". .../...

"J'ignore si je survivrai"

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Pas un parti, pas une ONG ne m'a soutenue "Voici mon Inde tant aimée, où j'ai vécu et ai écrit sur l'humanisme laïque, les droits de l'homme et l'émancipation des femmes. C'est aussi le pays où j'ai dû souffrir et payer au prix fort mes convictions les plus profondes, où pas un seul parti politique de quelque obédience que ce soit n'a pris la parole en ma faveur, où aucune ONG ni aucun groupe défendant les droits des femmes ou les droits de l'homme ne m'a soutenue, ni n'a condamné les attaques malveillantes lancées à mon encontre. .../... Depuis ma plus tendre enfance, j'ai considéré l'Inde comme un grand pays, une nation pleine d'audace. Le pays de mes rêves : éclairé, fort, progressiste et tolérant. J'ignore si je survivrai, mais l'Inde et ce qu'elle représente doit à tout prix survivre". ''Traduit de l'anglais par Pascale Haas.''
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Plus d'infos !

. Le site du Prix Simone Beauvoir pour la liberté des femmes . Le site de Taslima Nasreen . Le texte intégral de Taslima Nasreen sur l'Alliance des femmes