Eclatante sous son maquillage forcé, tenue d'été et voix surélevée, Véronique Daniel a tout d'une comédienne. De grands mots et des idées sur tout. Une personnalité à des kilomètres des personnages qu'elle interprète. Mais ce n'est qu'une apparence, justement très trompeuse. En vérité, ces rôles de femmes du 19e qu'elle endosse aujourd'hui, ces amantes trompées, bafouées ou prises au piège dans leurs passions exacerbées, c'est elle au pluriel. La preuve..._

"Passions de Femmes": cela veut tout dire. Le programme tient dans un dépliant rouge, avec un gros cœur au milieu. A l'intérieur, quatre pièces sont proposées, toutes à la rencontre d'une femme et d'un roman : Thérèse de Zola, Eugénie de Balzac, Juliette de Victor Hugo, et aussi Roxane de Cyrano de Bergerac d'Edmond de Rostand. Et tout cela à la carte ! Oui, car la particularité de la comédienne, outre de défendre corps et âme ces femmes aux destins charnus, c'est de prendre d'assaut les salles et salons des particuliers pour y installer ses planches de fortune et ses décors d'un autre temps. Du "théâtre à domicile" on appelle ça. Un simple coup de téléphone suffit pour "louer" le talent de Véronique Daniel. Quelques coups de fil aux copains ensuite pour organiser le public, et puis quelques tergiversations du type "organisation" et voilà, le rendez-vous est pris.

Lever de rideau sur mon salon

Coups de marteau imaginaires, le "rideau" se lève. Les portables sont éteints, comme dans un théâtre, un vrai. A peine quelques chuchotements. Ici, on ne rigole pas. On est là pour écouter du théâtre et qui plus est de la grande littérature. Du grand de chez grand... chez soi.

Le moment est hors du temps : Thérèse Raquin a élu domicile chez moi. Si proche et si lointaine à la fois, la comédienne est face à nous, seule sur scène et engoncée dans de larges frusques d'antan. Des pans de tissus tout droit sortis d'un décor de mercerie, des tableaux et des guéridons ont remplacés les meubles de la maison. Un détail que l'on oublie très vite, pour juste apprécier la proximité et l'intimité qui règnent dans la pièce. ''"Ce sont des moments très forts, pendant lesquels le public est comme pris en otage"'', décrit Véronique. La proximité avec le public crée un effet captivant, qui rapproche inévitablement le spectateur du personnage. En outre, avec le travail sur la mise en scène et sur le texte [Véronique adapte les romans en pièce, tout en gardant la langue originale], la comédienne s'évertue à faire revivre ces femmes dans leurs contradictions, dans les époques charnières de leurs vies.

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Le rideau tombe. Véronique espère avoir touché les femmes au travers de ces destins femmes qui l'ont tant touchée elle-même. Parce qu'elle aussi fait partie de cette génération de féministes, qui se sont battues pour leurs droits, au travail, et au sein du couple. ''"Pour les femmes d'aujourd'hui, ces femmes que j'interprète, que je défends (et que je comprends !) peuvent devenir des référents (...). Elles montrent qu'une femme peut avoir plusieurs facettes : Thérèse Raquin peut exprimer à la fois d'une sensualité et une violence incroyables ; Juliette Drouet se situe en même temps dans un rapport d'admiration, de patience, dans son rôle de maîtresse."'' C'est aussi cela les femmes d'aujourd'hui, elle (s) et nous... Prochaine étape pour Véronique : Simone de Beauvoir.

Véronique Daniel, Théâtre du tropic4, rue de Joinville 94120 Fontenay-sous-Bois Renseignements : 01 48 76 88 44

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