Allez, encore un p'tit coup...
Il y a encore le linge à étendre, le dîner à préparer, des factures à payer... Bref, le quotidien de la femme active. Mais ce soir, vendredi, fin d'une semaine hyper chargée, pour moi, c'est trop. Heureusement, l'amour-de-ma-vie ne rentre que vers 21 heures. J'ai le temps de souffler. Je m'assieds derrière mon bureau. Epuisée. J'ai besoin de me requinquer. Un bain ? Je vais m'endormir. Un brin de sieste ? Je ne vais pas me réveiller. Tiens, et si je me prenais un petit scotch ? Ca va me booster les neurones, et j'aurai la pêche pour faire mon courrier.
Quelle bonne idée : rien que le bruit des glaçons qui plongent dans le whisky, et je me sens mieux. La première gorgée est divine. Ouahhhhh ! L'eau de feu me réveille, mes courbatures disparaissent, et je me mets à taper sur mon clavier avec allégresse et sans faire de faute. Quel exploit !

OK, l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, mais pour le moral, c'est pas mal. Oublié le carcan du stress ! Mille sabords ! J'ai une pensée émue pour le capitaine Haddock... En trois gorgées, le whisky est terminé. Déjà ? Juste au moment où je commence à décompresser ? C'était un baby, allons, encore une goutte, pour terminer la paperasserie.

J'ai une pêche d'enfer. Tant que j'y suis, je vais rédiger un article pour XYZ qui me le demande depuis trois mois. En dix minutes, le papier est écrit, relu, envoyé. Ca, c'est de la productivité. Je bénis mes lointains ancêtres vikings qui buvaient de l'hydromel dans le crâne de leurs ennemis. Moi, je fais simple : un gobelet en verre banal me suffit.
Oui mais maintenant, je commence à fatiguer. L'instinct de survie me conduit jusqu'à mon lit, où l'amour-de-ma-vie me trouve à son retour, hagarde. Dure journée, oui. La prochaine fois, j'essaierai le porto...

Et qu'en dit le docteur ? En France, un million cinq cent mille femmes seraient dépendantes de l'alcool. "92 % des femmes malades de l'alcool boivent en cachette et 42 % refuse d'en parler" reconnaît Laure Charpentier, présidente fondatrice de l'association "SOS Alcool Femmes" et auteur d'un best-seller : "Toute honte bue"*.

Pourquoi autant d'alcool ? "C'est que leur vie a changé, plus de stress, de ruptures, de solitudes qu'autrefois" témoigne Laure, elle-même ancienne alcoolique. Et cela concerne les femmes de toutes catégories sociales comme elle a pu le constater dans son association qui accueille, depuis plus de 15 ans, les femmes à la recherche d'une aide.

Et qu'en dit le docteur ?

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"Chez les plus âgées, l'alcool s'installe pour combler le vide quand les enfants sont partis ou pour oublier le tête à tête conflictuel avec leur mari" rapporte Laure. Chez les femmes d'affaires, c'est le stress du travail, les responsabilités, les repas d'affaire, les contraintes familiales de retour à la maison. Et le verre d'alcool fort ou la coupe de champagne que l'on boit le soir pour se détendre après une journée de combat. Un alcool mondain qui est souvent nié par les femmes concernées alors qu'il est aussi délétère pour l'organisme que le vin ordinaire.Il y a aussi l'alcool des plus jeunes, pour lutter contre la dépression, pour se désinhiber ou pour s'éclater la tête à la bière, le week-end, avec les copains et les copines. Bref il n'y a pas de cirrhose "mondaine" ou "prolétaire", il n'y a que des femmes qui souffrent et refusent d'en parler.
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