"A Taïwan, quand on travaille dur, on choisit ses patrons !" lance la petite Chinoise dans un sourire. Alors en France, ce sera elle la patronne, point barre. C'est ainsi qu'elle l'a décidé, à son arrivée en 1986. Et c'est ici qu'on la retrouve, vingt ans plus tard : à la tête de trois boutiques de prêt-à-porter "sino-ethnique", situées à quelques mètres les unes des autres dans les 19ème et 20ème arrondissements de Paris. Ces boutiques, c'est l'aboutissement logique d'une carrière de styliste menée tambour battant, sur les chemins entre l'Asie et l'Europe.

Et pourtant, l'affaire n'était pas gagnée d'avance. A son arrivée en France, la trentaine à peine entamée, Liane ne parle pas un mot de Français. D'ailleurs, sa seule bonne raison pour venir s'établir à Paris était de suivre son mari, un Français fils de diplomate, fraîchement épousé à Taïwan. Dans sa besace, mise à part une bonne dose de courage, Liane doit compter sur son expérience, accumulée depuis son plus jeune âge. C'est là-bas que la jeune femme a fait ses premières armes dans le stylisme, "pendant l'été, après les cours, comme tout le monde !" Très vite, son tempérament de bosseuse va l'amener à travailler pour les plus grands couturiers japonais et italiens. Du sportwear au luxe, elle gravit les échelons. Valentino, elle connaît bien. Sur le reste, elle demeure discrète. De cette époque, elle parle avec reconnaissance. "J'ai tout appris en travaillant à Taïwan. Là-bas, des professionnels viennent une fois par mois enseigner les ficelles du métier dans les entreprises. Par exemple, c'est là-bas que j'ai appris comment arranger une vitrine et comment déterminer des ensembles de couleurs pour une cliente...".

Des boutiques népalo-chino-laotienne

Trois ans après son installation, l'affaire est conclue : Liane ouvre sa première boutique, Syliane, rue des Pyrénées. Un coup de cœur et un "sacré culot". En effet, dans ce quartier plutôt pauvre, Liane a décidé de vendre du luxe, du vrai luxe à "4 000 francs le tailleur". Et ça a marché, plutôt vite et plutôt bien. Après quelques années plutôt fastes au milieu des tailleurs italiens et français, la styliste s'oriente peu à peu vers le marché asiatique. "La Chine, jusqu'alors très fermée sur elle-même, cherchait enfin à s'ouvrir au reste du monde, et de fait, à exporter ses produits". En outre, l'influence soixante-huitarde, cols Mao et Cie se faisant encore sentir, le terrain se révélait plus que propice. Syliane s'est peu à peu transformée en boutique népalo-chino-laotienne. Ses fournisseurs quadrillent littéralement l'Asie, et Liane, de son côté, fait sa petite sauce en donnant ses directives.

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Elle avait tout compris ! "Très vite, mon souci a été de proposer des articles très diversifiés, de très belle qualité, mais pas forcément très chers". Last but not least, la règle d'or est d'européaniser les commandes, de ne pas se cantonner au "traditionnel". "J'incite vraiment les clients à oser les mélanges, à se faire plaisir... Une chemise coréenne, à manches rondes et ballantes peut parfaitement aller avec un pantalon vietnamien de soie, vert, rouge ou rose !", assure la vendeuse. Et avec ce ton-là, assuré, très commerçant, mais aussi plutôt rassurant, on la croit volontiers. Et moi, qu'est-ce qui m'irait ?

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Boutiques Syliane 367, rue des Pyrénées, Paris 20ème. Renseignements : 01 43 66 47 9517, avenue Jean Jaurès, Paris 19ème. Renseignements : 01 42 38 95 45 49, avenue Jean Jaurès, Paris 19ème. Renseignements : 01 42 41 74 77
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