Enfant, elle rêvait d'être Diane Fossey et de vivre dans la forêt luxuriante près des animaux sauvages. Aujourd'hui, Bettina, 32 ans, vétérinaire, vit au Gabon et s'occupe de 430 grands singes, gorilles et chimpanzés, dans le plus grand centre de primatologie du continent africain. Récit d'un quotidien équatorial.

"Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours aimé les animaux. Ma passion pour les singes est venue en lisant "''Gorilles dans la brume''", peu de temps avant la mort de Diane Fossey, en 1985. Pour l'enfant que j'étais, cela a été une révélation. Des années plus tard, à l'école vétérinaire, on nous a martelé qu'il n'y avait pas de place auprès des grands singes.

Des croquettes aux guépards
Alors j'ai expérimenté tous les jobs de vétérinaire, de la vente de croquettes en supermarché au travail dans les abattoirs. En remplacement à Djibouti, j'ai soigné mes premiers animaux sauvages, des aigles et des guépards. Et, après une année d'étude supplémentaire en éthologie (comportement animal), je suis arrivée à Franceville, au Gabon, dans le plus grand centre de primatologie d'Afrique. C'était il y a cinq ans.

Je suis vétérinaire au CIRMF, le Centre international de recherches médicales, au département de primatologie, à Franceville, une région partagée entre la forêt équatoriale dense, luxuriante, et la savane. Nous essayons de comprendre pourquoi les singes d'Afrique arrivent à vivre avec l'une des formes du virus du sida depuis plus de 10 000 ans. Et pourquoi nous, les humains, n'y arrivons pas.

Tous les jours, je m'occupe de 430 gorilles, mandrills, chimpanzés, mangabeys à collier blanc, répartis sur 20 hectares. Je les soigne, je contrôle leur état de santé, pratique des prises de sang. C'est ma participation à la recherche ! Comme nous sommes les seuls vétérinaires à 800 km à la ronde, on m'apporte aussi les antilopes blessées et tous les animaux bizarres de la région.

__Au coeur de la forêt__

"Mes singes" Avec "mes" singes, je vis des moments très forts. Quand un vieux gorille me regarde droit dans les yeux, c'est difficile de rester de glace ! Les petits chimpanzés sont souvent collés à moi. C'est dur de les rejeter, mais nécessaire sous peine de les désociabiliser. Ils nous ressemblent beaucoup : le gorille est le bon père de famille, calme et pacifique, sauf si tu agresses sa famille, le chimpanzé veut prendre la place du calife, et chez le bonobo, tout se résout par le sexe...

Des animaux sauvages Les singes restent des animaux sauvages. Quand on relâche les mandrills, au moment où d'ouvrir la porte, la forêt vierge résonne de leurs explosions de joie. C'est un moment génial ! Régulièrement, je pars en forêt, toujours accompagnée par un homme du coin. On dort sous la tente, près d'une rivière. Il faut éviter de s'installer sur une fourmilière remplie de magnans, des fourmis voraces. Mais le plus grand danger vient des buffles et des éléphants. Ils chargent facilement. Jusqu'à maintenant, j'ai toujours eu la chance de les voir sans être vue et je n'ai jamais eu à courir dans la forêt !

Seule femme... Dans mon équipe, je suis la seule femme au milieu d'une vingtaine d'hommes, âgés de 23 à 60 ans. Mes animaliers attendent de moi que je prenne ma place de chef et ils la respectent. Je leur explique tout ce que l'on fait, tous nos protocoles. On discute beaucoup, du virus Ebola, du SIDA... Le préservatif n'est pas utilisé au Gabon. Trop cher, pas disponible et pas encore rentré dans les mœurs. Les femmes sont particulièrement touchées par le virus...

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Quelle chance nous avons ! Vivre en Afrique m'a fait l'effet d'un électrochoc. En France, j'avais l'impression de remplir un rôle en permanence. A la seconde où j'ai mis le pied sur le sol africain, j'ai senti que j'étais à ma place sur ce continent, berceau de l'humanité. J'ai aussi compris la chance que nous avions en Europe. Au Gabon, tout le monde ne vit pas jusqu'à 75 ans, on souffre de malnutrition. Des enfants meurent tous les jours du paludisme. La mort fait partie du quotidien. A 30 ans, j'ai appris à relativiser et j'ai enfin accepté mes propres faiblesses."

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Le site du CIRMFA lire aussi : Madeleine Griselin, la femme des glaces

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