Helena est Allemande. A 53 ans, elle a déjà posé ses valises dans beaucoup de villes européennes. Après avoir vécu de nombreuses années en France - à Avignon et à Paris - elle a choisi d'installer son magasin de fringues "Poudre de Perlimpinpin" non loin de la Plaça del Real au cœur de Barcelone, dans une rue étroite.

A 31 ans, Aicha a tout claqué il y a deux ans pour tenter l'aventure barcelonaise. Exit une vie rangée, sa librairie, ses amis, sa famille. "Mon entourage n'a pas compris ma décision", explique-t-elle. "J'ai fait le choix de la vie avec un grand V, dans une ville où tout est accessible." D'ailleurs, elle se verrait bien rester plus longtemps, si un poste de libraire lui était proposé. "Le problème, c'est qu'à Barcelone, il faut parler le catalan. J'ai fait pas mal d'entretiens, mais on m'a toujours refoulée à cause de la langue."
Stéphanie du Consulat de France confirme : "Barcelone est une ville formidable pour trouver facilement du travail. Tout est plus simple, la croissance est importante, c'est une ville dynamique, mais les choses se compliquent un peu quand il s'agit de postes à responsabilité, notamment dans la culture."
Cette relative fermeture des élites et des défenseurs de la langue catalane n'entache pas le moral des étrangers, qui sont toujours aussi nombreux. Charmés par ce vent de liberté, qui souffle avec intensité.

Chacun y trouve sa place, quelque soit son apparence, son appartenance sociale, politique ou sa sexualité... "Barcelone est la seule ville que je connaisse, où il est encore possible de s'habiller comme on veut. Le vêtement marque la personnalité et les idées politiques. Ici, ça ne dérange personne", s'émeut Helena, qui malgré ses 53 ans vit en colocation avec un jeune catalan en centre ville. "Ici les rastas font la fête avec les punks. Il n'est pas rare de voir des serveurs dans de grands restaurants, travailler avec un piercing ou une coupe de cheveux dernier cri. On ne voit pas trop ça ailleurs, même à Londres."

Mode y design

Du reste, Barcelone est une véritable caverne d'Ali Baba pour tous les chineurs de tendances. Les rues et ruelles débordent de petites ou grandes échoppes branchées. Les créateurs et les designers ont trouvé un terrain de jeu sans limites. Le magasin de vêtements d'Héléna fait fureur, notamment chez les Français. Pour elle, aucune ville n'offre cette garantie de vivre sans se soucier du regard des autres. Pas même Istanbul, souvent qualifiée de "Movida turque " ou Tel-Aviv : "Ma fille vit à Istanbul. Certains quartiers comme le Beyoglu donnent cette impression de liberté. Mais le poids des conservateurs est trop lourd."

Mais parler de Barcelone, sans faire la part belle à ses nuits de fête, ce serait occulter l'un de ses plus fameux délices. Aïcha connaît. Elle, qui avait du mal à faire des nuits blanches quand elle vivait en France... "Quand j'ai atterri ici, je ne connaissais personne. Mais très vite, les gens viennent à votre rencontre", raconte la jeune libraire. "On ne peut pas passer une soirée sans faire connaissance avec quelqu'un. Tout le monde se parle. C'est une autre mentalité, le soleil doit faire son effet." A Barcelone, tout est plus démesuré : sa chaleur, sa foule, son électricité dans les rues et dans les bars. "Les DJ les plus célèbres, les plus grands jazzmen passent plusieurs semaines par an au Jamboree, une boîte de jazz place del Real, au Bel Luna ou au Nova Jazz Cava. C'est un plaisir pour moi qui adore le jazz."

Pour autant, l'explosion culturelle et festive que Barcelone a connu ces dernières années semble quelque peu se calmer. Le coût de la vie, le poids de l'immobilier font leur effet. "Les budgets se réduisent. Les salaires n'augmentent pas. Du coup, les gens ne peuvent plus suivre."

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"Et puis une "loi pour le civisme" est entrée en vigueur début 2006. "Elle limite par exemple le champ d'action des skateboarders, très nombreux ici. Les libertés en ont pris un coup", se désole Helena. Mais de là à dire que Barcelone est en passe de rentrer dans le rang, il y a encore un pas...
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