Vous avez dit WoBo ?

C'est un nom inventé récemment par un journaliste qui tentait de résumer les dernières évolutions de ce mini quartier de Londres, le "côté Ouest" de Bond street, dans Mayfair (West Of BOnd street, à l'ouest de Bond street).
"Mais ce n'est pas si nouveau", répond Godfrey Barker, critique d'art et membre du conseil des résidents de Mayfair. "Notre quartier est célèbre et riche depuis déjà au moins trois cents ans. Depuis que les premiers aristocrates s'y installèrent au XVIIe siècle, transformant les prairies à moutons en estates !"
C'est vrai, il y a depuis longtemps des magasins de luxe dans ce quartier. Cartier, par exemple, le célèbre bijoutier, s'y est installé dès 1906.
Et ce n'est que lors de la récession des années 1990, avec les fermetures des nombreuses galeries d'art, que s'est créé un vide où se sont précipités des magasins de vêtements résolument "hype". Depuis deux ou trois ans, le "turn over" des magasins s'accentue encore. Et de nouvelles boutiques et galeries d'art s'installent. Comme celle d'Alexia von Goethe, au début de Dover street.

Il semble aussi que la rénovation du Brown's, un hôtel traditionnel restauré par Rocco Forte, qui a rouvert en décembre dernier, ait eu une profonde influence sur la redéfinition de ce quartier du cœur de Londres... Le style à la fois minimaliste, composite et très contemporain de la décoration d'Olga Polizzi, sœur du nouveau propriétaire, Sir Rocco Forte, est conforme à la nouvelle culture du quartier.
Tout en ayant conservé les éléments importants du décor ancien (beaux vitraux, mosaïques sur la façade, boiseries et cheminées), elle a créé un décor qui n'en impose pas, et même qui rassure... Le Brown's occupe tout un pâté de maisons, entre Albermarle et Dover street, deux rues commerçantes et très passantes, parallèles à Bond street.

Définitivement, le Brown's a réveillé le quartier. Boîtes de nuit et boutiques branchées s'installent, ainsi que des galeries non conventionnelles. Le créateur de mode Paul Smith a choisi ce quartier pour ouvrir sa nouvelle boutique de déco mondialisée sur Albermarle street. Rei kawabuko, la créatrice de ''Comme des garçons'', a investit un immeuble entier avec son concept store, le Dover street Market. Un temple de la déconstruction fashion.

Un peu plus loin, le Vicomte Linley, ébéniste et neveu de la Reine, a ouvert aussi un magasin de meubles et d'objets. Une nouvelle clientèle afflue...

Un quartier historique

Ici, il faut marcher en levant les yeux, sans se laisser happer complètement par la fièvre des achats. Mayfair est, avec Park Lane, l'un des deux quartiers les plus chers sur le jeu de Monopoly anglais. Et les prix continuent de grimper ! Ce qui est justifié, car c'est vraiment l'un des plus beaux quartiers de cette ville, avec une architecture admirable et très bien conservée. On y trouve des façades classiques et remarquables. Comme celle du Royal Institute, dans la rue même de l'hôtel Brown's, avec sa longue colonnade corinthienne. D'autres très belles, en brique, de ce style baroque, mi-hollandais mi-anglais, conçu au XVIIIe siècle par l'un des premiers ducs de Westminster. Des façades, plus modernes, sont tout aussi intéressantes, comme celle de l'immeuble juste en face de l'hôtel Brown's qui date de 1922.

Mayfair est un quartier convivial dont le secret est peut-être un art du métissage, non plus seulement culturel mais un véritable mélange sociologique. Sur New Bond street, Hermès cohabite avec Oxfam, l'équivalent du Secours catholique. En face du Dover Street Market, se trouve l'admirable maison néo-classique Ely House, construite entre 1760 et 1770.

C'est un endroit parfait implanté en plein centre, très agréable à vivre, bordé par Hyde Park, d'un côté, et Green Park, de l'autre. On y trouve des théâtres et un splendide musée, la Royal Academy, Burlington House, la dernière des "Great houses" qu'il faut imaginer entourée de son parc fantôme. Ajoutez quelques bons magasins d'alimentation et deux petits supermarchés haut de gamme... Et il ne manque plus rien pour être heureux. Il n'est donc pas étonnant que ce quartier redevienne résidentiel, peuplé de nouveaux habitants venus de tous les coins de la planète.

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Mais en fait, le vrai charme du quartier commence un peu plus loin, après Berkeley square. Il suffit de descendre Hay Hill, une toute petite colline pour découvrir la grande prairie de Berkeley square. De l'autre côté, il y a des rues tout à fait hors du temps. Mount street par exemple, bordée de maisons de briques à un ou deux étages, avec des fleurs aux fenêtres, et un silence total. Juste un peu plus haut, Brook street. Joseph Handel y habitait. Sa jolie maison se visite et de beaux concerts baroques y sont organisés. "WoBs ! s'écrie Godfrey Barker. A l'Ouest de Berkeley square ! C'est là que se trouve la civilisation !"
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